Un Beauregard à l’odeur de boue fraîche !

8ème édition du festival hérouvillais, et bien entendu nous étions présent. On retiendra de cette édition une météo capricieuse, l’odeur de la boue fraîche et humide le dimanche, une ambiance sereine et conviviale (qui a dit trop calme ?)… mais aussi et surtout des artistes et des lives. Voici une sélection de nos groupes et performances favorites :

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Feu ! Chatterton
© Gérard Boisnel

Un groupe français que j’affectionne particulièrement pour les textes et la poésie d’Arthur Teboul, le chanteur, mais aussi par la puissance musicale du groupe. Malheureusement ce soir là, le groupe a eu des difficultés à fédérer le public hétéroclite de Beauregard. Bien sûr il y a eu des succès, notamment sur les chansons les plus radiophoniques : l’efficacité de « Boeing » ou de « La Malinche » (oh oui!) ont réussi à mettre la foule sans dessus dessous. Mais c’est lors des chansons plus subtiles, qui nécessitent une écoute particulière des textes de l’auteur, que l’on est déçu. Le chanteur en effet a eu de la peine à transmettre la force et l’émotion de ses textes, semblant souvent forcer sa voix au point d’en faire trop, et de bouger dans tous les sens afin de remplir difficilement l’immense scène Beauregard. Rien à voir avec leur précédant live au Cargö où, dans une ambiance plus feutrée, plus intime, le groupe a su se dévoiler dans toute sa richesse et installer son ambiance si personnelle. Je reste donc sur le souvenir d’un live mitigé, avec l’idée que certains groupes sont plus fait pour les festivals que d’autres.

468A2093The Chemical Brothers
© Michaël Liblin

Les Anglais n’ont pas fait dans la dentelle en entrant d’emblée avec « Hey Boy Hey Girl ». Puis leur concert a été une longue montée en puissance : le relief donné aux morceaux et l’impressionnant dispositif scénique ont galvanisé le live. Justement, l’incontournable « Galvanize » a fait entrer certains spectateurs dans une transe irrépressible. Pendant ce temps défilait sur les écrans géants un flux incessant de silhouettes dansantes, flottantes ou bien rappelées à la pesanteur par une chute infinie, des figures humaines parfois inquiétantes, comme ces clowns diaboliques qui nous parlent, ou encore des structures géométriques, des ronds de couleurs, du mouvement et des explosions, un univers mi-onirique mi-cauchemardesque. Le clou du spectacle est arrivé lorsque deux robots géants ont surgit sur scène, sortes de colosses naïfs clignotant de toutes parts, avant de se replier et de s’éteindre sur le plateau.

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Robert Plant
© Michaël Liblin

Un concert proche de la perfection : chose assez inhabituelle de nos jours, un volume sonore modéré a permis de faire ressortir un mix d’une grande qualité, et donc de restituer fidèlement une musique prodigieuse. La voix si singulière de Robert Plant, restée intacte, la virtuosité des musiciens, la symbiose sur scène, ne peuvent que forcer le respect et l’admiration. Sa musique enracinée dans le rock et le blues, faite de riffs simples et imparables, enrichie pour l’occasion d’un métissage qui nous transporte en Afrique ou en Andalousie, s’est déroulée avec une fluidité exceptionnelle. Avec autant de délicatesse que d’énergie, sans zèle aucun, Robert Plant, habité, n’a cessé de nous surprendre, et a offert un concert tressé de passages très intimes et d’envolées rock. Dans la performance de ce monument du rock, tout est intègre et juste, simplement musical. Lorsque « Whole Lotta Love » retentit vers la fin du set, Robert nous fait le signe du cœur avec ses mains. Nous lui rendons la pareille.

03072016-_MG_2748The Kills
© Gérard Boisnel

Alison et Jamie ont déversé de l’amour à l’état brut. Par rapport à son précédent passage à Beauregard, le duo est venu accompagné d’un batteur et d’un bassiste, et a balancé sans détours un rock sauvage et bondissant, rugueux et élastique, à l’image de la gestuelle d’Alison Mosshart. La présence de Jamie Hince, ainsi que son jeu de pieds et ses pas chassés de reptile, l’ardeur de son jeu de guitare, en imposent. En toile de fond de la scène, des palmiers et trois volcans qui résument bien l’esprit de The Kills : leur musique est une éruption ébouriffante sans superflu, chargée d’une force tellurique, un courant venu des profondeurs, une sorte de tempête de fin des temps, une urgence à célébrer la vie.

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Beirut
© Michaël Liblin

Ce groupe nous a habitué aux perles avec des albums comme Gulag Orkestar, The flying club cup ou encore par un concert à emporter mémorable. Encore une fois nous sommes sous le charme, bercés par la voix d’ange de Zach Condon, par la beauté des trompettes et du trombone. C’est dans l’ambiance des terres balkaniques que nous fait voyager le groupe, un monde peuplé de gitans merveilleux. Je sais que certains ont pu regretter un synthé plus présent qu’à l’accoutumée, avec un esprit de fanfare moins présent, en accord avec un nouvel album plus pop et plus coloré que les précédants. Toutefois, la qualité du son, la douceur des compositions sont des éléments qui ne laissent pas indifférent, le groupe joue avec plaisir, cela se voit et cela se ressent.

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PJ Harvey
© Michaël Liblin

L’artiste britannique culte entame la tournée de son onzième album. Cette belle femme mystérieuse est apparue sur la scène vêtue d’une robe bleu nuit, de bottes et gants de cuir, affublée de plumes sur le sommet de sa tête. C’est en shaman, moitié sorcière, moitié oiseau de nuit qu’elle a envouté le public. Avec sa voix puissante et toujours impeccable elle a déroulé les titres comme une conteuse d’histoire. Des histoires sombres et engagées. La mise en scène était simple, mais le groupe a su installer et imposer son univers : section cuivre et tambour de guerre, pour une musique parfois douce et envoutante, parfois brutale, surtout lorsque PJ s’empare de la guitare. On a aussi eu la chance d’entendre plusieurs chansons de l’album précédant : le chef-d’oeuvre Let England shake. On ne sait pas si l’Angleterre tremble mais nous ce dimanche on a tremblé… de plaisir.

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Jurassic 5
© Michaël Liblin

Grosse bonne surprise pour ce groupe de hip-hop américain (L.A) culte, mais déjà vieux de 20 ans ! (le premier album sort en 1998). Lorsqu’il s’agit de balancer des punchlines, les dinnosaures sont au top, avec un esprit de groupe et un jeu de scène très réjouissant. Pas besoin d’être un fan de rap pour apprécier le flow, la technique et l’énergie dégagée par les quatre rappeurs qui se distribue la parole comme on se passe une balle au basket. Pas besoin d’être fan de rap pour apprécier l’humour et l’autodérision des J5, dans un style tout à fait américain, lorsqu’ils nous font enfourcher une moto imaginaire et qu’on les voit rouler sur leur bécane comme des gosses. On peut apprécier ou pas la mise en scène : une platine vinyle géante, une « guitare-platine-de-scratch » venue du futur… Mais il faut reconnaître le talent des deux Dj’s qui maîtrisent autant le remix que l’impro, le scratch que la boite à rythme. Enfin on a pu s’amuser de les voir tendre le micro à une intruse montée sur scène : « you have to dance for your freedom !», et la laisser effectivement danser sur la scène… avant qu’elle ne se fasse reconduire par la sécurité. Big Up  J5 !

Paul Fouesneau et Gildas Lemardelé