Terminator Genisys – Pas si pire…

Petit, je n’aimais pas les navets. Je refusais catégoriquement d’en manger rien qu’à l’aspect, la texture et l’odeur. Ma mère et ma grand-mère avaient toujours une phrase imparable : « Comment peux-tu savoir si tu aimes ça ou pas si tu n’en as jamais mangé? ». Du coup, je me forçais à en croquer un bout, pour montrer que je n’étais pas totalement un con obtus. Et je vomissais ensuite non sans prouver, donc, que je n’aimais pas les navets.

La morale c’est que tant qu’on n’a pas gouté, ça a beau avoir une texture de merde, une odeur de merde et un aspect de merde, on ne peut pas dire que c’est une merde.

Pourtant, avec Terminator Genisys, les studios donnaient l’impression de vraiment vouloir nous faire bouffer de la merde et de l’assumer. Car tout, depuis le début du projet, puait grave. Son casting, son réalisateur, son intention WTF de faire un reboot/suite/remake, son premier trailer catastrophique (avec des SFX dignes d’une Playstation), son second trailer qui spoilait joyeusement un élément majeur de l’intrigue et surtout sa campagne de communication Panzer Division qui restera longtemps comme l’une des pires. Et si vous me trouvez dur, regardez les captures d’écran Iphone entre Sarah et John ou le presque hilarant (si ce n’était aussi désastreux) spot de la sécurité routière.

Mais bon, comme disait Mamie, fallait goûter.

A l’instar de Jurassic World, Terminator Genisys entreprend ainsi d’emprunter la tendance « madeleine de proust » actuelle. Soit revigorer des licences phares à l’abandon en étant à la fois des hommages mais aussi des entreprises de modernisation. On a vu le résultat avec les dinos, entre hommage béât mais incapable de comprendre la véritable force de l’original et pop-corn movie mongoloïde mais gentiment fun. De la soupe industrielle dans des vieux pots qui, en soit, ne fait pas plus de mal que cela à nos chefs-d’oeuvres d’antan.

Terminator, absent des écrans seulement depuis 6 ans, trouve cependant son originalité dans une volonté assumée de « casser » la franchise. Ne nous y trompons pas, des pans entiers de cet opus sont décalqués des opus précédents (les deux apparitions au plan près, le T-1000 toujours fringué en policier,…) mais en même temps, il y a aussi une volonté de sale gosse d’envoyer tout cela aux orties. C’est même plutôt intéressant de voir avec quelle manière Genisys joue sur notre connaissance des opus de Cameron pour en pervetir le côté attendu et donc proposer du neuf tout en respectant le vieux (ce qui s’incarne habilement dans le personnage de Schwarzie). En cela, le concept même de Terminator Genisys a peut être finalement plus d’intérêt que le vain Terminator 3 et l’inutile Terminator Renaissance.

Par ailleurs, le casting est plutôt une bonne surprise avec des personnages convaincants, plutôt bien campés par des acteurs pourtant fades d’ordinaire (Courtney, Clarke,…). Même Scharwzie (dont on connait les limites) est plutôt en forme, lui qui n’était plus capable d’offrir rien de correct à part ses caméos cyniques chez les Expendables. L’écriture des personnages est aussi à saluer. Le film s’attarde vraiment sur la notion du destin propre à chacun et sur cet élément qui faisait toute la tragédie substansielle de Terminator et de sa suite : l’innéfable fuite en avant vers un futur chaotique. Et ce qu’il soit personnel (protagonistes piégés par leur destin) ou mondial. On évite donc de suivre des machines (paradoxe) et les relations entre les personnages gagnent en épaisseur, en humour voire en émotion. C’est pas non plus du Cameron attention mais c’est suffisament rare pour être souligner et mené de manière plutôt cohérente jusqu’à un final qui redistribue franchement les cartes et ose.

Maintenant, il ne faut pas se le cacher, on ne comprend RIEN. Déjà fondé sur un paradoxe maousse, la franchise Terminator est coutumière du fait, c’est un bordel permanent. Mais quand, en plus, sur cette timeline plutôt branlante niveau logique, on nous rajoute quatre ou cinq sauts temporels, les alternatives, les anticipations de ces alternatives plus les prévisions à la Nostradamus, le cerveau finit par faire gnéééé. Comme si la logique était : « plus on en met, plus le public s’en foutra ».

Le problème, c’est que le film n’est pas clair avec lui-même. Il nous la rejoue Looper en nous demandant de ne pas trop être tatillon mais il enfile des tunnels de dialogues pour tout expliquer. Bon soit, on est sympa et on va se concentrer sur le divertissement pyrotechnique. D’accord…sauf que le film fait beaucoup de surplace avec nos deux héros qui se retrouvent successivement en garde à vue puis à l’hôpital entre deux dialogues pour expliquer ce qui se passe ou pourrait se passer. Puis Schwarzie arrive et rebelote, on taille une bavette. D’où l’impression d’un film qui n’en finit plus de démarrer. Et en plus, c’est Arnold qui est chargé de tout expliquer tel un manuel de physique…misère…

Si Genisys est plutôt généreux en action, celle-ci ne repose donc pas sur grand chose et peine à créer des enjeux solides et clairs. Du coup, ça a beau être filmé avec enthousiasme et nombreux money-shots (même si les effets spéciaux ne sont pas tous satisfaisants), l’intérêt est vite limité. Sans trop s’ennuyer, on peine à s’impliquer car si elles sont bien exécutées, elles ne sont pas fondamentalement excitantes. Alan Taylor fait le job, un peu plus libre que sur Thor 2 mais toujours en artisan, pas en auteur.

De plus, quand on sait que Terminator est une des grandes sagas de la mécanique, de l’éléctronique, du verrin hydraulique et de l’huile de moteur, se retrouver face à autant de CGI, de technologie, d’écrans plasma et de nanocomposants dilue une spécificité très matérielle (et donc une clé de la saga) dans l’Apple Way of Life contemporaine, vu ad nauseum au cinéma depuis 10 ans. Pas glop.

Bref, finalement le débat autour de Terminator Genisys n’est pas vraiment de savoir si c’est bon ou pas mais à quel point c’est mauvais. En l’état, vu comment cela partait, c’est donc pas si pire que ça mais de là à dire que c’est bien, je ne franchirais pas le pas.

Comme disait Mamie, fallait goûter.

TEXTE : Adrien Beltoise