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Des réalisateurs qui ont émergés depuis une dizaine d’années, Neill Blomkamp est sûrement celui qui a subi le plus gros retour de hype. Porté aux nues (à raison) pour District 9, la pression est vite redescendue avec le blockbuster Elysium, film sur lequel il avoue humblement avoir merdé. En dira t’il autant de Chappie dans quelques temps ?

En tout cas, le constat est sévère.

Autant dire tout de suite ce qui saute aux yeux : Chappie est dans la continuité du travail de Blomkamp. C’est la même volonté de SF punk-ghetto dans les banlieues de Johannesburg. C’est sale, poussièreux, cramé de soleil et violent. La direction artistique est strictement la même que dans District 9 et Elysium. Les thématiques travaillées sont identiques. Le cheminement narratif est quasi-copier coller à tous les niveaux. Même l’intro récite à la lettre District 9 au point de se demander si on se fout pas un peu de notre gueule…

C’est bien là le problème qui court depuis Elysium. La fraîcheur d’un District 9, ça marche un coup et le reste ressemble à de la récitation scolaire en guise d’affirmation d’un style. Ca peut plaire à certains mais, personnellement, ça me saoule vraiment de voir pour la troisième fois la même chose. Et avec à ce point des similitudes caricaturales qu’on peine à accrocher à cette nouvelle histoire.

Nouvelle histoire qui prolonge le discours manichéen et idiot d’Elysium avec un contexte social bien bas de plafond, des personnages stéréotypés et des clichés qui pourrait remplir un 33 tonnes. Chappie se vautre très souvent dans le ridicule le plus total avec des situations et des dialogues culcul la praline, des considérations politiques digne d’un jeune à keffieh qui bloque son lycée et une finalité thématique aux fraises sans aucune originalité.

Ca fait d’autant plus mal au cul que Blomkamp nous livrait avec District 9 un modèle de SF intelligente qui voyait un personnage pourri, minable et raciste devenir pivot d’une rébellion alien. Ici, les personnages ne sortent surtout pas des cases des fois que ça deviendrait intéressant. La palme revenant à Hugh Jackman en afrikaner bigot au beau mulet qui fait ce qu’il peut pour donner de l’intérêt à un méchant unilatéral. Et c’est sans compter le tas d’incohérences formelles et narratives, de pompages (Robocop est violé) et d’enjeux plus pourris les uns que les autres.

Quant à la mise en scène des débuts, il ne reste plus aujourd’hui qu’un montage anarchique, un filmage caméra à l’épaule bien gonflant ainsi que 385 ralentis disposés ici et là pour rendre l’action cool.

Tout est à jeter ? Non. Car deux anomalies se sont glissés dans le four. La première, c’est justement le personnage de Chappie qui arrive à créer un peu d’attachement notamment dans les premiers temps. Il y a même une ou deux belles scènes là dedans. Ca, c’est avant qu’il ne devienne horripilant et ne commente tout ce qu’il fait pour bien expliquer à un spectateur trop con ce qu’il ressent ou pense. Niquant par la même tout propos éventuel sur l’intelligence artificielle.

La seconde est le groupe Die Antwoord, qui constituait la base du projet et qui apporte une dimension intéressante au film. En marge de la société, ces gangsters allumés mais pas méchants et leur relation avec le robot permettent d’échapper à l’autre intrigue de blockbuster en carton impliquant les ingénieurs de TetraVaal. C’est dans ces moments là que quelques scènes, quelques moments nous captent un instant avec parfois une pointe d’humour, de caractérisation ou d’émotion. Forcément c’est peu vu qu’il y a toujours une connerie faite après pour ruiner la chose.

Au départ, Chappie devait justement raconter Die Antwoord élevant un robot, ce qui aurait été foutrement plus intéressant d’autant que c’était une comédie. Mais par dessus, Blomkamp a voulu opérer un lien avec Tetra Vaal, son premier court. Et encore au dessus, le studio Sony a visiblement voulu imposer un second remake de District 9 après Elysium. Le résultat : un immense bordel qui tient à la fois du salmigondis social de maternelle et d’une vision de la SF déjà rance. Et une expérience hyper usante, dont toutes les qualités et propositions sont, à un moment ou un autre, vrillées.

Maintenant, vous êtes toujours aussi tenté par Alien 5 ?

TEXTE : ADRIEN BELTOISE