Scream for me Argentina !

Affreux (un peu), sales (beaucoup) et méchants (passionnément), trois mots qui collent parfaitement à la peau poisseuse de ces Nouveaux Sauvages. Six sketchs zinzins structurant un film poilant issu de l’esprit déjanté du réalisateur argentin Damian Szifron. Croyez-moi, ça fait un bien fou et vous allez prendre un pied terrible !

Pensez plutôt : un voyage en avion qui part en sucette, la possibilité d’une vengeance, une altercation musclée entre automobilistes, un mauvais stationnement qui fait des vagues, un coupable qui s’achète cher et un mariage infernal. Rien apparemment pour lier la sauce sauf, au final, l’amoralité jouissive et le ton mordant de ce kaléidoscope jubilatoire de la méchanceté !

Du coup, même si ça se passe en Argentine, le film est universel. Il parle bien sûr de nos sociétés, de nos travers mais avant tout de ces cons de nous. Ou plutôt de ce moment précis où nous cédons à nos pulsions les plus sombres, à nos instincts vengeurs bref au côté obscur de la force. Qui rejoint ici celui de la farce car l’humour noir du film fait des ravages en décantant le malaise ou en accumulant les fulgurances vachardes. De la vraie comédie latine, dans la lignée d’un Alex de la Iglesia, du cinéma drôle et jobard qui enchaîne les pétages de plombs dantesques et violents.

En plus de ça, le film est aussi d’une maîtrise dingue avec une écriture pointue (malgré les apparences) et une réalisation stylisée et inventive du plus bel effet. Mais si ce n’était que ça ! Car le film de Szifron marque aussi des points par ses personnages. Pas des enveloppes vides, pas des caricatures stéréotypées mais des anti-héros attachants. Malgré tous leurs travers, on ne peut s’empêcher d’aimer profondément ces personnages hargneux et dingues parce qu’ils sont surtout diablement humains. Et, ce qui ne gâche rien à l’affaire, le super casting s’éclate et nous avec.

Tantôt jouissive, banale, choquante ou profondément émouvante, la résolution de chaque sketch ouvre chaque fois un peu plus l’éventail de ce film multiple qui brise les carcans. Ca ne rentre dans aucune case, c’est libre et foutraque. En deux mots : ça ose. Et finalement, ça donne l’impression que même si c’est une compilation de courts-métrages (façon contes moraux des Contes de la Crypte), c’est vachement bien fait par un mec cohérent et infiniment doué à suivre.

Bref, si tu n’as pas compris que Les Nouveaux Sauvages c’est bien, je prends un extincteur et je viens frapper chez toi ! Pigé ?!

TEXTE : ADRIEN BELTOISE