Rock in Evreux : rencontre avec Headcharger

Lors du festival Rock in Evreux, nous avons eu la chance de rencontrer les Headcharger pour une petite conversation en toute simplicité à propos de Gojira, du folklore entourant le métal ou encore de buses.


C’était votre première fois dans ce festival à Evreux 

Seb : Oui. On a entendu la controverse sur la création de ce festival, et à partir du moment où la politique se mélange au rock, il y a quelque chose de dissonant, justement parce que le rock est né en opposition aux systèmes institutionnels. Mais on ne s’est pas posé de questions en tant que musiciens. On nous a proposé de bonnes conditions, il y a une affiche de qualité,  jouer aux côtés de The Prodigy ou Gojira, c’est un plaisir. On ne va pas cracher dans la soupe !

Tu mentionnes Gojira, est-ce qu’ils font partie des groupes qui peuvent vous « inspirer » ?

David : C’est un groupe qui inspire par son parcours musical. Moi, j’aime surtout le dernier album, Magma, que je peux écouter dans sa continuité, car il se rapproche plus de mes goûts. Mais c’est surtout de se dire que les gars ont maintenant une reconnaissance presque planétaire qui m’inspire !
Seb : Ils sont en train de faire ce qu’aucun groupe français n’a fait. Beaucoup pensent que c’est une niche, ce qui est vrai, mais il y quand même deux nominations aux Grammy Awards aux USA, ce n’est pas rien !

 

Justement, vous ne trouvez pas que l’Amérique du Nord est beaucoup plus ouverte au « métal » en général ?

David : Oui plus qu’en France c’est sûr ! En Europe par exemple, il n’y a qu’en France que Gojira reste assez confidentiel.
Seb : C’est peut-être une spécificité un peu latine, la culture n’est pas très portée sur le métal, alors que dès qu’on traverse la Manche, on voit une nette différence.

Où est votre plus grand public ?

Seb : Je ne me suis pas posé la question. On essaie par-dessus tout de se faire plaisir. Quand les musiciens se font plaisir, ils projettent un truc que les gens peuvent forcément recevoir. On n’essaie pas de composer pour atteindre une cible.
David : Quand on a joué en Angleterre, en revanche, on a touché un peu du doigt une réception différente. Moi, ça ne me dérange pas que le métal reste une niche, c’est aussi pour ça qu’une partie du public va vers ce style, mais c’est vrai qu’il est plus difficile à atteindre chez nous. En Angleterre par exemple le réseau est plus établi. En France, quand tu fais un style comme le nôtre, à part le Hellfest et quelques rares autres, c’est plus difficile d’être programmé.
Seb : Au niveau des grands médias, on en entend parler surtout au moment du Hellfest, et c’est souvent pour te montrer trois culs nus.

Ça vous heurte ce genre de caricature ? Le métal est un style qui peut souffrir des préjugés et des raccourcis ?

Seb : Non, on est complètement au-dessus. Mais dans chaque style il y a des caricatures, le reggae man à deux de tension avec ses dreads par exemple, mais ça fait partie du truc.
David : Ça fait partie du folklore, ce n’est pas grave.

Et justement, quelle est la réception pour votre dernier album, Hexagram ?

David : Les retours pro sont super, et de ce que j’en sais, ceux du public aussi. Nous, on est contents du résultats, c’est presque le premier album qu’on revendique à 100%.
Seb : C’est le sixième album, donc il était temps ! [rires] C’est un album complètement décomplexé et dont on est fiers. C’est le premier album où on a des gens de Rolling Stone qui nous interviewent et qui trouvent ça cool. Donc, au-delà des clivages et de ce que peut représenter le métal ou le heavy rock au sens large, tu arrives à atteindre des gens de sphères différentes.

C’est une forme de reconnaissance qui vous touche ?

Seb : Bien sûr ! On ne le fait pas pour ça, mais encore une fois on ne va pas cracher dans la soupe. Quand des gens te disent que ton album leur plaît, c’est toujours gratifiant !
David : C’est rassurant aussi. On est à six albums, on peut se dire qu’on ne fait pas ça dans le vent non plus. Que des gens écoutent un album ça nous donne la chance d’en refaire un.

Est-ce que votre son a évolué en six albums ?

David : Oui forcément ! Surtout le chant pour Seb.
Seb : Sur les trois premiers albums, je ne fais quasiment que du chant saturé, et à partir du quatrième, j’ai voulu travailler le chant. C’est moins dur de gueuler que de chanter ! Mais ça nous a valu des tonnes de conversations : je voulais travailler le chant sans perdre l’énergie d’Headcharger.

Ça peut rendre vos morceaux plus accessibles ?

Seb : Je ne me suis jamais posé la question. Ma référence c’est Alice in Chains.
David : Moi, j’écoute des trucs qui gueulent et qui m’éclatent, mais j’aime surtout les choses où je garde une mélodie. Tu creuses plus profond quand tu travailles les mélodies.
Seb : Moi, par exemple j’ai toujours été touché par Anselmo de Pantera, du chant gueulé, mais toujours mélodique !

La pochette de l’album précédent, Black Diamond Snake représente une voiture en pleine course. Ça peut faire penser à l’affiche de Boulevard de la Mort de Tarantino. La référence est voulue ?

Seb : C’est un concept album, qui raconte l’histoire d’un road movie, clairement influencé par des trucs comme Tarantino !

Si on vous proposait de placer un morceau de Headcharger dans la B.O. d’un film de Tarantino, ce serait oui ou non ?

Seb et David : 10000 fois oui ! Et puis on est tous fans de cinéma ! Composer spécialement pour le film serait encore mieux ! Je pense à la B.O. de Into the Wild par Eddie Vedder, l’expérience doit être géniale !

Dernière question, quel est votre oiseau préféré ?

Seb : La buse ! Le seul rapace de Normandie [rires]
David : J’ai un oncle éleveur d’oiseaux exotiques au Portugal, il en a des centaines, des cacatoès, etc… donc moi, plutôt les oiseaux exotiques !

 

Propos recueillis par Gildas Lemardelé

Crédits Photos : page Facebook de l’artiste et Benoit Cochet