RBMA, deux soirées et puis s’en va

La Red Bull Music Academy a investi le Cargö les 6 et 7 mars derniers. On y était, pour vous ramener des jolis clichés de ces deux soirées de fête et vous raconter ce qu’on y a vu, et écouté.

Vendredi 6 mars, 22h. Le club du Cargö prend des airs de Sunset Blvd. Onra est derrière ses machines et joue ses morceaux les plus hip-hop, bercés par des synthés ensoleillés. Les filles dansent, les garçons aussi, les glaçons des mojitos s’entrechoquent. Il y a quelques minutes, Fulgeance faisait encore taper du pied un public très masculin sur sa techno indécrottable, travaillée mais un peu trop tapageur pour un début de soirée. En fait, cette première soirée RBMA s’est passée à l’envers. La prestation de Dorian Concept, malgré de très belles mélodies et un talent indéniable, a littéralement endormi le Cargö. La faute à un horaire trop tardif. Mais l’esprit RBMA était bien là, avec sa diversité et son éclectisme particulièrement excitant.

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Après un samedi passé sous le soleil de Caen, c’est encore au Cargö qu’il fallait être samedi 7 au soir. Et cette fois, la RBMA avait mis les petits plats dans les grands. Après un court live assez timide de Kuage, c’est bel et bien Rone qui a fait exploser l’ambiance avec son show techno ravageur, couplé à un lightshow à tomber par terre. Plein à craquer, le Cargö en a pris plein les mirettes et dansé pendant plus d’une heure sur les beats lunaires du nerd à lunettes le plus cool du monde. Plutôt lourdingue en studio, la musique de Rone se métamorphose en machine à danser sur scène et réunit aussi bien les amoureux de la techno que les fanas de pop music.

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Le Club en grande forme

Sur la petite scène du Club, c’est aussi la fête. Le jeune Félix, participant à la RBMA Tokyo, met un joyeux bordel dans la salle en mixant morceaux trap et vocaux de rap US, à la croisée des genres entre les sonorités d’Atlanta et celles de Los Angeles. Résultat, tout le monde monte sur scène, danse à n’en plus finir dans des odeurs de sueur et de plantes médicinales. Même topo pour le superbe DJ set de Superpoze et Fakear qui ont déjoué toutes les attentes des minettes folles de samples asiatiques en proposant un DJ set pop où les hits indé du moment ont fécondé des pépites dont ils ont le secret.

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Au même moment, c’est le grand Gilles Peterson (dont l’interview sera à retrouver dans notre prochain numéro) qui joue sur la grande scène. Moment carrément surréaliste au début de son set de 3 heures : c’est avec un morceau d’ambient bizarroïde que le caennais émigré à Londres fait découvrir son style à un millier de kids. qui se demandent tous s’il ne vaudrait pas mieux aller fumer une clope, se boucher les oreilles ou tout simplement partir. Quand soudain, comme si Peterson l’avait calculé, un beat retentit et retient tout ce petit monde sur le dancefloor, qu’ils ne quitteront pas de la soirée. Au rythme d’un voyage dont Gilles Peterson est le commandant de bord, qui les emmènera aussi bien dans la drum’n’bass la plus crasse que dans la funk et la soul la plus sensuelle, en n’oubliant pas de faire un petit détour par la techno et la world music dont Gilles est sans doute le plus fin connaisseur au monde.

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C’est ensuite l’allemand Superpitcher qui a clôturé la nuit, berçant le Cargö de ses sons technoïdes ne manquant pas de mélodies et de beauté. Loin de la violence d’un Rone, Superpitcher a gardé éveillé un public cosmopolite qui, toute la soirée, a trouvé son compte dans la belle et délicieuse programmation de la RBMA. Red Bull, tu reviens quand tu veux. Surtout quand tu ne mets pas tes produits trop en avant, et que ta démarche nous paraît aussi noble. Sans doute deux des meilleures soirées de l’année à Caen.

TEXTE ET PHOTOS :QUENTIN GUÉROULT