Quality Street Art #9 – LAHO

Le Street Art fait partie de nos vies, il a envahi nos villes mais aussi la publicité et les objets du quotidien. L’Oiseau a décidé de faire le portrait des Street artistes qui ornent nos rues. Quand vous lirez cet article, l’artiste que nous avons interviewée sera déjà rentrée à Lyon. Cependant elle nous aura laissé un très beau souvenir : son mur peint lors du Palma Festival. Petite explication de texte avec une personne qui a de nombreuses cordes à son arc artistique.


– Comment as-tu découvert le Street Art ?

À l’époque, je faisais des études d’arts visuels sur Paris. À partir de ces années-là, j’ai vraiment commencé à regarder et prendre conscience de l’environnement qui m’entourait, des images omniprésentes auxquelles j’étais toujours hyper attentive, à tel point que ça me polluait beaucoup trop la tête. Je me suis dit que je pourrai peut-être créer mes propres images. Je faisais des excursions avec mes amis rencontrés à l’école, ce sont eux qui m’ont initiée.

 


– Pourquoi as-tu été attirée par ce domaine artistique ?

Ma pratique du dessin m’a amenée à élargir sur les murs. Ce qui m’a plu dans ce domaine, c’est tout ce qu’on construisait autour : on s’amusait vraiment en allant explorer des endroits interdits, c’était intense en adrénaline et addictif. Au-delà du côté illégal des débuts, sur un mur, le dessin prend vraiment une autre dimension : sa grande taille lui donne le pouvoir de capter l’attention.

– Quand as-tu commencé à peindre ?

J’ai fait mes premiers murs en 2009, mais je n’ai jamais été très active sur la scène Street Art. Je viens du dessin, une pratique que j’ai ensuite pu développer vers d’autres domaines, notamment sur les murs.

– Quelle est ta technique et quels outils utilises-tu ?

Sur les murs je peins au pinceau et rouleau. Sur le papier je travaille à la gouache et à l’encre.

– Est-ce que tu as vu une évolution dans ton travail ?

Je me pose beaucoup plus de questions qu’avant quand je dessine. C’est dû au fait que je fais de plus en plus de choses pour les autres, du coups mon dessin devient moins instinctif car il y a plus d’enjeux. C’est difficile de rester fidèle à sa façon de faire lorsqu’on est face à une commande, mais c’est tout aussi enrichissant lorsque j’arrive à un résultat équilibré: satisfaisant pour moi, et pour la personne en face.

– Tu as travaillé sur divers supports, lequel préfères-tu ?

Photo : Sarah Balounaïck.

C’est justement cette variété de supports qui m’apporte un bel équilibre et qui me permet de m’épanouir. Je ne peux pas dire que j’ai un support que j’apprécie plus qu’un autre. Mon support du moment c’est la peau : ces derniers mois, j’ai appris le tatouage!

– As-tu eu des supports originaux ?

J’ai commencé à dessiner sur la peau auprès d’Edith Lake, artiste tatoueuse basée à Lyon. C’est vraiment une autre implication : le rapport humain est intense, le geste aussi, et ça me plaît énormément. C’est fou de se dire qu’une personne va garder mon dessin à vie, et ça crée de fait un rapport de confiance et de sincérité des deux côtés, même si on ne revoit pas les gens après, le moment reste fort.

– Est-ce que tu as fait des projets ou des collaborations qui t’ont marqués ?

Lorsque je suis arrivée à Lyon, j’ai eu la chance de rencontrer les bonnes personnes très rapidement.  D’abord avec Ville morte, l’agenda des événements indé lyonnais, puis avec le festival Fanzine Camping, festival de dessin et musique pour les enfants, où j’ai encore rencontré des gens très actifs sur la scène artistique lyonnaise, dans des domaines variés.

De fil en aiguille, j’ai atterri dans l’atelier d’Arbitraire, collectif et maison d’édition de bande dessinée. L’atelier est occupé par des membres du collectif mais aussi par d’autres artistes,et j’y suis très bien.

Photo : Sarah Balounaïck.

 

 

 


– Quels sont les Street artistes qui te plaisent en ce moment ?

J’aime bien les grandes fresques de Ricardo Cavolo, le travail d’Aka Corleone et Kruella d’enfer, et Gambette, que j’ai découvert grâce au mur qu’elle a fait pour la dernière édition du Palma festival.

– Quels sont les artistes, tous domaines confondus, qui t’inspirent ?

Je redécouvre le travail de l’artiste japonais Kiyoshi Awazu; le mystère qui se dégage de ses images m’inspire en ce moment.


– Que penses-tu de la démocratisation du Street Art ?

Photo : Sarah Balounaïck.

Pour moi, les tags et graffitis trouvent leurs sens sur les murs en extérieur, mais ce n’est que mon point de vue! J’aime les voir en sortant de chez moi car je trouve que ça rend la ville animée, c’est une façon de se l’approprier. Lorsque je  reconnais la trace d’ami-es ou de personnes dont j’aime le travail, je ressens un truc plutôt sympa. Ca n’empêche pas de présenter son travail en galerie, dans la création on a la chance de pouvoir s’exprimer de plein de façons différentes. Je trouve intéressant de travailler des créations pour le lieu destiné à les accueillir, quelque soit le positionnement qu’on décide d’adopter.

– Comment se porte la scène Street Art à Lyon ?

Je ne connais pas vraiment la scène Street Art de Lyon car je n’y suis pas depuis très longtemps. Par contre ce qui est fou ici ce sont les affiches de concert, d’expo, de projection cinéma qui foisonnent partout dans la ville. Les gens se donnent à fond, c’est trop bien.

Énormément d’affiches sont sérigraphiées et collées sur les murs, ça rend les quartiers de Lyon familiers. Je sais sur quels murs aller regarder pour voir les dates des prochains évènements!


– Tes œuvres sont peuplées de nombreux paysages et personnages irréels, d’où te vient l’inspiration ?

L’inspiration, je la trouve essentiellement dans l’imaginaire. Lorsque je crée un visuel, les idées arrivent les unes après les autres. Ça me permet de me raconter des histoires, puis de leur donner un sens dans le dessin final. Je m’inspire aussi beaucoup de mes rêves. Ça marche bien car ils sont souvent très imagés et directement issus de mon intimité. Ainsi, je livre un univers très personnel.

Je les note au réveil dans mon carnet de rêves et m’en inspire lorsque je construis mes dessins.

– La plupart du temps, ton travail est très coloré : pourquoi ton choix s’est porté sur ces couleurs vives ?

Pendant mes trois dernières années d’études, je me suis intéressée à la couleur (grâce à une formation de graphiste très orientée sur le colorisme). J’associe souvent des couleurs très vives car j’aime bien provoquer du mouvement dans l’œil, comme des petits chocs. Un des moyens pour y arriver est de travailler les contrastes et les vibrations soutenues.

À force de dessiner je trouve des recettes de couleurs qui fonctionnent, et je les réutilise. Ça fait un peu mal aux yeux. Il est souvent nécessaire de s’attarder longuement sur mes dessins si on veut en décrypter le sens car il y a beaucoup de détails.

Il faut prendre le temps. Ça stimule l’imaginaire du spectateur / passant qui peut ainsi se raconter ses propres histoires. À chaque fois, les gens voient des trucs différents ! C’est marrant car c’est souvent très loin de ce que je crois avoir dessiné à la base.


– Tu utilises beaucoup la sérigraphie pour pouvoir faire vivre ton art sur divers supports (bandanas, sacs à dos etc.), pourquoi avoir choisi cette méthode d’impression ?

Parce que j’aime bien rester maître de mes productions du début à la fin; avec la sérigraphie je peux fabriquer mes couleurs, imprimer moi-même, être indépendante dans la production.

Et puis on peut obtenir des teintes folles, des transparences dans les superpositions, de la matière, beaucoup de choses impossibles à avoir avec une impression numérique par exemple.


– On te connaît grâce au Palma Festival. Comment et qui t’a fait connaître ce festival ?

C’est une amie de Lyon, caennaise d’origine, qui m’a parlé du Palma Festival. J’ai regardé ce qu’ils avaient programmé pour l’édition 2016, ça m’a beaucoup plu alors je les ai contactés pour leur présenter mon travail. Ils m’ont proposé de faire un mur et une exposition, j’ai dit oui.


– Qu’est ce qui t’a décidé à accepter d’y participer ?

C’est génial de partir de chez soi pour aller peindre quelque part pendant plusieurs jours! En plus, les conditions d’accueil sont chouettes, les artistes invités aussi, l’équipe a l’air top, les concerts supers, que du bon temps en perspective… Aucune raison de s’en priver !

– Pour finir, quels sont tes projets ?  

Mon actualité du moment c’est le tatouage : je m’y suis formée ces derniers mois. Je me lance donc là-dedans, tout en continuant toujours aussi activement mes projets de dessins, collabs… Je prépare ma première exposition solo qui aura lieu au mois de juillet prochain à la Slowgalerie, galerie de dessin contemporain à Paris dans le quartier d’Oberkampf.



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