Pitchfork Paris Music Festival 2016 : nos temps forts

Cette première sortie de L’Oiseau au festival Pitchfork Paris nous a comblés : avec une programmation pointue et exigeante, mais aussi avec des têtes d’affiches en mesure de s’adresser à un plus grand public, les trois soirées de concert à la Grande Halle de la Villette nous ont offert de grands moments de musique et de spectacle.

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Pour le premier soir, deux concerts ont suffi à notre bonheur : Floating Points, d’abord, que nous avions tant hâte de voir en version live, puis Mount Kimbie, qui pour l’occasion était venu en version quatuor. Derrière ses claviers et ses machines, la tête pensante de Floating Points, Sam Shepherd (musicien, DJ, producteur…), a offert un moment de parfaite symbiose avec ses musiciens. La musique du somptueux album Elaenia s’est élevée dans la Grande Halle en subtiles volutes, en fugaces crépitements. Ses basses rebondies, ses batteries jazz et ses longs crescendos nous ont enveloppés, ses schémas rythmiques qui s’entrecroisent nous ont désorientés, comme le décor au centre de la scène, sorte de puits d’effets de lumières hypnotiques. Avec ses morceaux pleins de nuances et de relief, de semi-silence ou de points culminants, le concert nous a fait naviguer sur plusieurs vagues. L’univers singulier de Mount Kimbie nous a également ravis. Les expérimentations électro à tout-va des anglais, visibles aussi scéniquement par les changements de postes sur chaque morceau, ont été l’occasion d’une grande délectation. Quelle joie également d’entendre le morceau « Fall Out » en version longue !

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C’est avec la deuxième soirée que notre plaisir a atteint son comble. D’abord avec l’écossais C Duncan, simple et talentueux, visiblement heureux de se produire ici. Les très beaux morceaux de son dernier album, The Midnight Sun, ont été joués avec brio, et la réverbération de la Grande Halle a donné une puissance autre à la douceur de la voix de Christopher. Le concert un peu décalé et légèrement insolent de Porches nous a également séduit. Les compositions synth-pop des américains ont toutes leurs moments de grâce, et sont portées par le charisme et le groove du compositeur Aaron et de sa petite amie Greta à la basse, avec qui il forme un duo de choc. Bien que connaissant Flavien Berger, que nous apprécions, avouons que nous ne nous attendions pas à passer un si bon moment devant son concert. Le seul français de la programmation a transformé temporairement la Grande Halle de la Villette en grande « fête foraine » avec ses morceaux qui reposent sur des boîtes à rythme et des gimmicks simplistes mais inspirés, souvent teintés d’un savoureux grain de loufoquerie, qui transparaît aussi dans ses interventions entre les morceaux. Ce trublion du festival a poussé le divertissement jusqu’à venir s’asseoir au milieu de la foule le temps d’un morceau, et à inciter les spectateurs à en faire autant. Puis le clou de la soirée, et peut-être de cette édition du Pitchfork : le post-rock instrumental et désormais culte de Explosions in the Sky. Avec beaucoup de métier et de fougue, les cinq texans se sont livrés à une véritable orgie de guitares et de basse, un déchaînement des passions, un véritable spectacle sonique et lumineux, avec des tons orangés et rouges qui donnaient parfois l’impression que la scène s’était embrasée au son de leurs plus grands morceaux, des débuts de How Strange, Innocence à leur dernier album The Wilderness. Un concert inoubliable. Mais le grandiose ne devait pas s’arrêter là, puisque c’était au tour de Natasha Khan, aka Bat For Lashes, vêtue d’une robe rouge de mariée, en référence à son dernier album, The Bride, d’inonder la salle de son élégance et de son raffinement : scénographie minimale et cierges disposés un peu partout sur la scène pour un set intimiste et passionnant, plein de relief, avec des morceaux comme « Laura », tiré du troisième album The Haunted Man, et des morceaux plus percussifs et électro comme « In God’s House » tirés de The Bride, savant et ravissant mélange de PJ Harvey et de Björk. Après autant de délicatesse, les berlinois de Moderat, avec un volume sonore infernal, ont fait basculer la soirée dans un tout autre registre : décibels au seuil de la douleur et basses réglées comme des rouleaux compresseurs, certes parfois compensées par les parties chantées plus subtiles, ont fait office de clôture en grand fracas de ce jour 2.

14882308_1306001392743723_6642189237426897201_oLa dernière soirée, bien que moins excitante que la précédente, nous laisse aussi avec d’excellents souvenirs. D’abord grâce au tout jeune groupe américain Whitney, avec leurs mélodies vintage souvent sorties des années 70, la voix aigue et détachée de Julien, à la batterie (ex Unknown Mortal Orchestra), dont le jeu caractérisé par la nervosité et à la fois la désinvolture construit l’ossature des compositions. Arrivé sur scène avec son sac à dos et sa veste treillis imperméable, Julien a joué comme à la maison, sans pression mais avec entrain, plaisantant volontiers avec le public, enfilant les rasades de vin rosé à la bouteille entre les morceaux, qu’il semblait parfois improviser, nous gratifiant d’une reprise de Bob Dylan, dont il s’amusait qu’il ait obtenu le prix Nobel de littérature. Plus austère mais non dénué de charme, le concert de Warpaint a permis de réaffirmer l’inventivité des morceaux, notamment sur de très beaux tapis de basse-batterie et des chants aériens. Dommage que le set ait été un peu terni par des musiciennes visiblement gênées pendant une grande partie du concert par des problèmes de retour, de sorte que, pas complètement convaincues par leur concert, elles ont parfois laissé une partie du public devant ce même obstacle, celui de pénétrer entièrement dans leur musique. Après trois soirées bien remplies et parce que nos jambes commençaient à être sérieusement endolories, nous avons terminé le festival Pitchfork avec la reine britannique du hip-hop, M.I.A. Avec une scénographie spartiate (une haute grille de métal sur toute la longueur de la scène derrière laquelle officiait son DJ), la diva, entrée en grande pompe dans une tenue bouffante orangée avec longue cape et capuche, a donné un show en demi-teinte puisqu’elle souffrait de la grippe. M.I.A a néanmoins fait son possible, et n’a pas lésiné sur les morceaux phares de son immense œuvre, dont « Paper Planes » et « Bad Girls », galvanisant autant que possible le public, sans céder néanmoins sur le terrain de ses revendications et interpellations politiques : en toile de fond défilaient sans cesse des images violentes et tragiques de réfugiés à la dérive sur leurs embarcations de fortune, de répressions policières, d’émeutes, d’exploitation sauvages des ressources naturelles etc. M.I.A, dont les slogans « Uniting People » et « Life University » venaient ponctuellement s’afficher sur l’écran noir, a donc montré que le plaisir de la musique et de la fête peut aussi se conjuguer avec d’importantes et nécessaires réflexions.

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TEXTE : Gildas Lemardelé

PHOTOS : page facebook officielle Pitchfork Music Festival Paris

Pour revoir les concerts : http://pitchforkmusicfestival.fr/