Mon après-midi avec La Générale Marabille + L’obsolescence programmée

Par un bel après-midi d’hiver, je suis allée voir comment se passait un atelier de la Générale Marabille, association dont je vous parle dans le #23. Ce jour-là, l’atelier se déroulait au Pavillon de Normandie. J’y suis donc allée avec Garance, ma balance culinaire qui refusait de fonctionner depuis un petit moment. (Et oui, je suis comme ça moi, je suis une journaliste, une vraie, qui n’hésite pas à mouiller la chemise pour écrire un bon article. Je donne de ma personne au mépris de tous les dangers !)

Garance sous le bras, je montais les escaliers pour accéder à l’atelier. J’ai d’abord été chaleureusement accueillie par Alain qui m’a fait remplir mon bulletin d’adhésion (parce que, oui, il faut adhérer – à prix libre – pour pouvoir participer aux ateliers) et m’a demandé pour quel genre d’appareil je venais. Les papiers remplis, il m’a demandé d’attendre un peu avant qu’un·e technicien·ne s’occupe de nous. (Garance et moi, suivez un peu !)

Pendant ces quelques minutes d’attente, j’ai repensé à tous les bons moments que nous avions vécus ensemble : notre rencontre sur Le Bon Coin, l’attente interminable auprès de ma boîte aux lettres avant de la recevoir, notre première rencontre lorsque je l’ai déballée, tous les plats que nous avons faits ensemble : la maison en pain d’épice pour l’anniversaire de mon neveu, le Millefeuilles à la pâte feuilletée inversée selon Pierre Hermé pour l’enterrement de vie de jeune fille de ma sœur, les éclairs au caramel beurre salé, le gâteau à la mousse de chocolat blanc etc.

Nous avions mis tant de sourires sur les lèvres des gourmands …

Bon, je vais être honnête avec vous, arrêtez de baver : je n’ai jamais cuisiné un seul de ces desserts, j’aurais adoré bien-sûr, mais ça n’a pas été le cas. Puisque j’ai une éthique journalistique, je me dois de vous avouer la terrible vérité : Garance m’aidait surtout à fixer les prix d’envois postaux des colis d’objets que je mets en vente. Et je peux vous dire qu’elle a bien servi son pays ma Garance !
Revenons à nos moutons. Pendant ma courte attente, j’ai observé autour de moi : les tables étaient installées en forme de couronne avec les techniciens·nes à l’intérieur de la couronne et les adhérents·tes à l’extérieur. L’adhérent·e faisant face au technicien·ne qui réparait son objet. Tout le monde était affairé dans la bonne humeur. Certains·nes s’occupaient d’un ordinateur, d’autres d’une antique radio ou encore d’une cafetière !

 

La personne la plus proche de moi avait amené une tripotée de sèche-cheveux en panne. Etait-ce une coiffeuse ? Une Babyliss addict ? Nous ne le saurons jamais. Par contre, ce que vous saurez, c’est que tous ses appareils ont été réparés ! (J’ai d’ailleurs ajouté en image d’illustration, le tableau de réparations de la journée pour que vous voyiez comment ça fonctionne.)

 

Enfin c’était mon tour ! On m’indique une table où m’installer et ça commence : j’explique et montre à Denis, le technicien que ma balance n’affiche plus rien. Il prend Garance dans ses mains, la regarde sous toutes les coutures, cherche et trouve les vis qui maintiennent son capot. Il me les montre et me demande de les dévisser. Ce que je fis : une fois les vis enlevées, j’ai pu ouvrir, de façon très impudique, le capot de Garance.

Ça fait quand même bizarre de voir l’intimité d’un objet qui a partagé la vôtre pendant de nombreuses années ! Après, tout s’est accéléré. Denis a vérifié si c’était l’alimentation qui dysfonctionnait, mais non. Il s’est gratté la tête pensivement et a testé l’affichage de Garance. Je l’ai d’ailleurs aidé à maintenir certains boutons appuyés, pendant qu’il s’exécutait.

Son verdict était sans appel : c’était bien l’écran d’affichage qui était en panne et d’après l’expression de son visage, ce n’était pas une bonne nouvelle. Il est parti pendant 5 bonnes minutes, où il m’a laissée seule, en proie à une attente insoutenable, priant pour qu’il revienne avec la pièce qui ressusciterait Garance. À son retour, j’ai encore vu à l’expression de son visage (Que voulez-vous, il ne savait pas cacher ses émotions cet homme-là !) qu’il était inutile de se battre, que la faucheuse avait eu raison de ma Garance. Il me l’a d’ailleurs confirmé de vive voix avec un désinvolte : “Désolé madame, mais on n’a pas la pièce de rechange !”.
À cette phrase, tout mon monde s’est effondré, mais j’ai su garder bonne figure, une crise de larmes aurait fait mauvais effet dans cette joyeuse assemblée… Juste à ce moment-là, des applaudissements sont partis d’un côté de la salle et se sont vite propagés dans toutes les mains. J’ai demandé ce qui se passait, on m’a répondu que lorsqu’un appareil était réparé, c’était la coutume d’applaudir. Je me suis dit intérieurement : “S’ils applaudissent quand un appareil est rendu à la vie, que font-ils quand un appareil est déclaré décédé ?” Beaucoup d’idées sont venues se bousculer dans mon crâne, aucune n’a passé le barrage de ma bouche, car l’humour noir n’est pas forcément bien pris par tout le monde…
Après une dernière prière et un au revoir déchirant au corps sans vie de Garance, j’ai eu du temps pour me promener, poser des questions et prendre des photos. Autour d’un thé bien chaud, j’ai discuté avec Dame Brunet qui anime la partie couture et Myriam, deux membres de l’asso que je connaissais déjà dans la vraie vie.

Grâce à elles, j’ai appris que la Générale Marabille n’a pas souscrit à la Charte des “Repairs Café” car elle veut garder son individualité. Cette asso a opté pour une structure intéressante : il n’y a pas de bureau, tout le monde est co-président, ça permet un fonctionnement transversal où chaque membre est égal. La Générale n’a pas de local, par contre elle est résidente au WIP, où elle met en place un atelier démontage une fois par mois. Les appareils qui ne sont pas ressuscités pendant les sessions réparations sont démontés à ce moment-là.

Une fois mon thé infusé et bu, je suis retournée voir Alain qui fait partie de la Générale Marabille depuis longtemps. Je lui ai d’abord demandé pourquoi il y avait un cadre avec le logo de l’entreprise Legallais qui décorait l’espace accueil. Il m’a répondu que la Fondation Legallais soutient la Générale Marabille, car ils veulent encourager cet esprit d’économie circulaire, cette approche économique de la réparation. Elle leur permet d’acheter des outils à prix très concurrentiels chez eux.

Nous avons ensuite parlé de l’histoire du projet : L’association est née il y a 2 ans avec la collaboration de dizaines de personnes d’horizons différents qui avaient envie de faire une action citoyenne. Ils avaient l’idée de créer un tiers lieu où chacun aurait pu se retrouver. Leur constatation de départ était que, lorsque les gens se retrouvent devant une machine en panne, ils ne peuvent pas la réparer car ils n’ont pas les connaissances et/ou n’ont pas les outils adaptés. C’est donc pour pallier ces problèmes que l’association est née.

Elle souhaite aussi remotiver les gens à se servir de leur côté manuel, ça leur est utile : ils prennent le contrôle et sont acteurs de la réparation. Ils peuvent dire “Au moins, on a essayé ! ». J’ai demandé à Alain quand aurait lieu le prochain atelier. Il m’a informée que la Générale Marabille appréciait aussi coopérer avec d’autres évènements, comme prochainement à la Grâce de Dieu pour les Quartiers Animés (8 avril 2017).

Une fois notre entretien terminé, l’atelier fermait ses portes. 
Vous l’aurez compris, je vous recommande vivement d’aller faire un tour aux ateliers de la Générale Marabille. Tout se passe dans une ambiance détendue, les réparateurs sont agréables et ouverts aux questions.
Dernière info non négligeable: l’association a un taux de succès pour ses réparations de 65%, ce n’est pas rien ! Vous y passerez un bon moment et vous repartirez avec un objet de nouveau en état de marche !

PS : Pour ceux qui ont été touchés par le sort de Garance, je lui ai créé une page hommage sur FB : “Garance, petite balance partie trop tôt”. N’hésitez pas à venir la liker, ça lui fera plaisir, ou qu’elle soit. Vous pourrez aussi y raconter vos joies et peines partagées avec vos objets du quotidien !

 

 

Un grand philosophe a dit :  « Toutes les choses que tu possèdes, finissent par te posséder ». Tyler Durden, Fight Club

L’OBSOLESCENCE PROGRAMMÉE

Dans l’article que j’ai écrit à propos de la Générale Marabille dans le magazine, j’ai utilisé un gros mot : l’obsolescence programmée. Je vais vous expliquer son fonctionnement, ses conséquences et SURTOUT comment s’en prémunir.

L’obsolescence programmée, qu’est-ce que c’est ?

C’est une notion qi date des années 30 dont voici la définition officielle : “Ensemble des techniques destinées à réduire la durée de vie ou d’utilisation d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement”. Pour être plus claire, on vend consciemment des objets qui tombent en panne rapidement pour que vous en achetiez un autre ! Un des meilleurs exemples est les photocopieuses à jet d’encre. Certaines ont une puce qui est programmée pour qu’au bout d’un nombre de photocopies, la machine devienne inutilisable.

Apple aussi surfe sur cette vague : selon le site “Obsolescence programmée.fr », le géant à la pomme a sorti “pas moins de trois versions d’iPad en 2 ans et six versions de l’iPhone en 5 ans. Avec des batteries indémontables, l’impossibilité de mettre à jour le système d’exploitation entre les modèles et des accessoires qui changent à chaque génération”. Pas mal hein ! Le pire c’est que les gens sont conscients de ce phénomène, mais continuent à acheter !

Comment ça marche ?

Ils sont malins·es les ingénieurs·euses qui ont planché là-dessus ! (En effet, des personnes sont payées pour faire en sorte qu’un objet dure un temps précis, et ensuite tombe en panne, une idée qui me sidère…) Parce qu’il y a plusieurs types d’obsolescence (toujours tiré d’Obsolescence programmée.fr”) :

obsolescence de fonctionnement : lorsqu’un produit arrête de fonctionner ou ne peut plus assurer sa fonction correctement à cause d’un défaut technique intrinsèque. Un téléviseur dont un condensateur grille par exemple.

obsolescence indirecte : lorsqu’un produit ne peut plus être utilisé à cause d’un accessoire ou d’un produit associé défectueux et non réparable ou remplaçable. Un téléphone qui devient obsolète à cause d’un chargeur plus disponible par exemple.

obsolescence d’incompatibilité : lorsqu’un produit n’est pas adaptable aux évolutions technologiques, un matériel informatique qui n’est pas compatible avec les nouveaux systèmes d’exploitation par exemple.

obsolescence de service après-vente : un produit qui ne peut pas être réparé faute de système pour le réparer ou à prix prohibitif par rapport à un produit neuf. C’est notamment le cas lorsque le fabricant n’a pas prévu de service après-vente pour ses produits.”

Et selon moi, la plus vicieuse : l’obsolescence psychologique.

http://eighties.fr/max/805-mode-80

Selon “Définitions marketing.com”, “l’obsolescence esthétique ou psychologique fait référence au phénomène par lequel les consommateurs·trices vont changer un produit qui est encore en bon état de fonctionnement ou d’usage parce qu’il apparaît comme daté par rapport aux produits similaires plus récents, notamment dans le domaine du design”.
C’est aussi flagrant dans le domaine textile, où une mode vient en chasser une autre alors que vos habits ne sont pas abîmés, de la téléphonie, là encore on peut citer Apple et sa multitude d’Iphones, ayant toujours plus de fonctionnalités et de l’informatique où chaque ordinateur qui sort est meilleur que le précédent !


Certains·es pourraient penser que le·la consommateur·trice a une part de responsabilité dans cette catégorie d’obsolescence. Oui et non, car en effet, rien ne nous oblige à acheter. Mais nous sommes tellement matraqués·ées par les publicités et encouragés·ées voir poussés·ées par la Société à consommer que ça devient un réflexe. Il faut être informé·ée pour prendre conscience que cette “course au dernier modèle” n’est pas vitale, j’espère d’ailleurs que cet article vous aura aidé à en prendre conscience.

http://www.la-boutique-militante.com/antipub/246-tee-shirt-tous-les-jours-je-lave-mon-cerveau-avec-la-pub.html


 

 

Quelles en sont les conséquences ?

http://www.globetrekkeuse.com/ne-plus-jeter-objets-du-quotidien/

Cette façon de nous vendre toujours plus a un effet flagrant, sur notre porte-monnaie, mais il y a un effet plus pervers et dévastateur sur la durée : celui sur la planète et l’environnement. Nos téléphones par exemple, sont construits grâce à l’extraction intensive de minerais, ils sont aussi bourrés de matériaux nocifs et non dégradables (le plomb et le mercure par exemple), ce qui entraîne une surproduction de déchets…

Comment lutter contre ?

L’obsolescence programmée est désormais un délit inscrit dans la loi, la disposition est présente dans la Loi sur la Transition Énergétique. Selon “le Figaro.fr” : “ L’Assemblée nationale a prévu, en cas d’infraction constatée, de frapper au portefeuille des entreprises avec une peine de «deux ans d’emprisonnement et 300.000 euros d’amende». Le montant pourrait même être porté à 5% du chiffre d’affaires annuel réalisé en France par la société contrevenante.”
Le problème, c’est que la définition de l’obsolescence est encore un peu trop vague et la loi trop ouverte, ce qui permet à beaucoup de contrevenants·tes de passer à travers les mailles du filet… Autre inconvénient de cette loi, on sanctionne uniquement l’auteur·e des faits, mais on ne permet pas de prévenir les conséquences des faits commis dont je vous parlais plus-haut.

Mon article est fini, j’espère que vous êtes maintenant plus familiers·res avec ce concept !

Si vous voulez lutter contre, rejoignez les assos qui la combattent, comme La Générale Marabille ou L’Humanivelle (qui organise souvent des trocs de vêtements). Il doit sûrement en exister d’autres sur Caen. Les sites d’entraide entre voisins permettent d’échanger les compétences, il doit sûrement y avoir des bricoleurs dans votre quartier ! Vous trouverez aussi beaucoup d’alternatives dans le glossaire qui suit.

Une fois que l’on comprend que le bonheur n’est pas forcément dans l’achat ou le neuf, vous verrez, ça va beaucoup mieux !

Morgane Podeur 

Sources et sites utiles et intéressants
http://obsolescence-programmee.fr/
http://www.halteobsolescence.org/
http://www.definitions-marketing.com/definition/obsolescence-esthetique-ou-psychologique/
https://orduresleblog.wordpress.com/a-propos/
http://www.lemonde.fr/tant-de-temps/article/2017/02/24/laetitia-vasseur-tout-le-monde-a-interet-a-l-obsolescence-programmee_5084675_4598196.html
http://www.lefigaro.fr/conso/2015/07/25/05007-20150725ARTFIG00002-l-obsolescence-programmee-est-desormais-un-delit-passible-de-prison.php
https://mrmondialisation.org/