Levitation 2016

Au rang des sempiternelles croix du calendrier, il y a depuis quatre ans celle du festival Levitation, intelligemment situé fin septembre, histoire de faire sa rentrée en bonne et due forme, mais ceux qui me connaissent savent déjà tout ça.

C’est devenu une telle habitude, qu’à l’approche d’une programmation en deçà des éditions précédentes, je finis quand même par en être. Bon ok, la ville d’Angers n’est pas n’importe quelle ville, et sa simple évocation ravive autant de magnifiques souvenirs que d’incroyables perspectives, mais quand même, serais-je devenu croyant ? Eh bien oui,  croyant en un festival qui restera inscrit à la carte pendant longtemps, et dont la scène aura toujours des choses à nous apprendre, même quand la sélection officielle n’a pas de quoi vous emballer. Vous l’aurez compris, c’était le cas pour cette quatrième édition. Certains y trouveront leur compte, c’est sûr, mais en repensant aux années passées, ce cru 2016 m’a paru un peu fade. Attention, je ne mets pas tout le monde dans le même panier, loin de là, mais sachez que dans les paragraphes qui suivront, je ne parlerai seulement que des prestations qui m’ont réellement marqué, en bien j’entends, inutile d’attendre un fastidieux report gonzo ou je passe toutes mes actions, musicales comme extra musicales, en revues, du premier sandwich ingurgité à la dernière bière éclusée.

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Autre nouveauté, et pas des moindres, le changement du lieu. Anciennement situé au Chabada (smac d’Angers), le levitation prend désormais ses quartiers au Quai d’Angers, énorme structure dédiée au théâtre et à la danse moderne/ contemporaine, dont deux salles sont ouvertes pour l’occasion, le Forum et la salle 400. Il est question ici d’une opération de recentralisation pour l’évènement, puisque tout se passe maintenant dans le centre-ville de la cité Angevine, mais également d’une nette ouverture au public, permise par l’agrandissement du lieu, la jauge initiale étant doublée, voir un peu plus. Alors certes, c’est beau, c’est grand, c’est classe mais tout de suite, les choses peuvent prendre une autre tournure quand tu passes d’un petit Chadada bétonné et intimiste à un Quai dont la surface et la hauteur de plafond défient le parc expo moyen. Je veux dire qu’une fois sur les lieux, j’ai eu l’impression de m’être retrouvé dans un « gros festival en intérieur ». Passé ce ressenti, le fait de pouvoir déambuler dans un tel espace avec autant de fluidité et de pouvoir commander une bière sans passer trois plombes derrière le comptoir m’a tout de suite rassuré. Quant au son et à la hantise d’une bouillie pour les esgourdes, je dirais que le Forum ne se situe sûrement pas sur les marches du podium de la clarté, mais quand je repense à certains concerts sur la scène extérieure du Chabada, bon dieu ce que je relativise.

Aussi, le mélange artistes/public n’existe plus, ou du moins, est nettement moins perceptible et plus difficilement envisageable. Ah qu’il était appréciable de tailler une bavette avec Lee Blackwell ou Joel Gion autour d’une clope… Désormais, tous les paramètres nécessaires au bon déroulement du festival ont été revus à la hausse, mais je ne vous apprends pas que c’est aussi de cette manière que la réputation s’accroît, au même titre que la taille du porte-monnaie, le but du jeu étant de trouver un équilibre parfait entre identité artistique et reconnaissance financière, enfin ça dépend pour qui. Passons maintenant à la sélection officieuse de cette édition.

Golden Dawn Arkestra

Quoi de mieux qu’une bonne dose d’afrobeat et de funk/jazz pour commencer le festival en beauté, histoire de bien se mettre en jambe. Arrivé d’une galaxie lointaine, ou bien d’Austin, même si le doute persiste, le Golden Dawn Arkestra avait pour mission de convertir le forum. Zapot Mgawi, grand chef de cette drôle de clique, nous a rappelé avec verve que l’esprit de Sun Ra flottait toujours au-dessus de nos têtes. Tout y était, voir plus ; les costumes mystico-religieux hauts en couleurs, « l’afropsych » comme crédo, les incantations scandées de Zapot, et même des danses rituelles et autres numéros de cerceaux lumineux réalisés par de merveilleuses femmes. Difficile de ne pas être sensible à tout ce spectacle, qui plus est rythmé par le groove impeccable de l’Arkestra, cuivres et vibraphone à l’appui. Une troupe de freaks comme on en voit plus.

Zombie Zombie

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Habitués du festival, puisque on avait eu l’occasion de les voir lors de la seconde édition, les Zombie Zombie ont remis le couvert pour cette quatrième année. Il s’en est passé des choses depuis, et surtout la sortie de leur troisième album, « Slow Futur », c’était donc l’occasion d’en découvrir une partie en live. Plus en forme que jamais, le trio a très vite emmené le public à bord de sa locomotive électro post Carpenter, s’enfonçant toujours plus loin dans la spirale de la transe. Alliant avec toujours autant de brio répétition et improvisation, les trois musiciens se sont vraiment fait plaisir, et ce ne sont pas les mimiques faciales d’Etienne Jaumet qui nous diront le contraire. Cinq ou six morceaux en tout et pour tout, avec un finish fatality sur « Extra Life », quel pied putain.

Thee Oh Sees
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« Hi, we are The Oh Sees from California », c’est l’éternelle phrase de John Dwyer au début de chaque concert, annonciatrice de la tempête en approche. L’énergique frontman était accompagné pour l’occasion de deux batteurs, jouant la carte d’un dédoublement de puissance rythmique. Et si les riffs peuvent vite saouler, faut avouer que la performance est tout de même au rendez-vous. Que dire d’autre si ce n’est qu’on est face à l’une des plus grosses machine de guerre du garage punk actuel, que ça cavale encore et toujours plus vite, et que les gens deviennent fous dès les premières notes entendues. Un live à toute berzingue, c’est rarement d’une autre manière que les Thee Oh Sees négocient. Vous êtes prévenus.

Silver Apples

silver-apples-1Attention, pionnier de la musique électronique expérimentale. Simeon Coxe, connu pour être la moitié de Silver Apples, avec feu Danny Taylor, nous a fait l’honneur de sa présence en étant invité sur le Levitation. Depuis le décès de son ami batteur, Simeon tourne seul, accompagné de ses antiques machines qu’il a lui-même construit. C’est dommage, car il aurait été intéressant de retravailler avec un nouveau batteur, et de pouvoir garder cette énergie rythmique en live, au lieu de passer des samples sans vie…  En tout cas, depuis leur premier album en 1968, sa voix n’a absolument pas bougé, c’est assez fou, et c’était assez fou de pouvoir réentendre les étranges mélodies de « Lovefingers » ou encore « Program ». Merci au Levitation de l’avoir invité, c’était beau.

Usé

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Jusqu’à la moelle il est Usé ce Nicolas Belvalette, et c’est jusqu’à l’épuisement qu’il tient son public en haleine, en témoignent les litres de sueur qui s’écoulent de son corps pendant chaque concert. Avec tout un attirail d’instruments usés, dont une guitare qui se fait marteler ad vitam eternam sur un seul et même accord, Nicolas transgresse les règles de la noise, de la musique électronique, de la chanson française, et s’enfonce dans une furieuse transe dont l’issue paraît incertaine, emportant du même coup tous ceux qui se trouvent sur son passage, c’est-à-dire nous. Un concert assez cinglé, physiquement parlant, pour lui comme pour nous, aussi osé qu’usant. Cet homme-orchestre ne plaisante pas.

Alors cela peut paraître peu quand on regarde la programmation vous allez me dire, mais entre les groupes déjà vus, ceux dont on a déjà parlé, ceux dont on n’a pas envie de parler, et ceux que je n’ai malheureusement pas pu voir, on en arrive à ce maigre bilan, en demi-teinte dirait certains canards, mais ce n’est pas comme si je vous avais prévenu dans l’introduction.
Le principal est d’avoir vécu de bons moments musicaux, aussi peu nombreux soient-ils, et puis on sait tous qu’une année ne fait pas l’autre, oh et puis de toute façon, on reviendra l’année prochaine, alors à quoi bon pinailler.

TEXTE : Adrien Legrand

PHOTOS : Levitation Festival