Les David et Goliath canadiens : Aidan Knight & Half Moon Run

Big Band Café – 9 mars 2016

Deux groupes canadiens se partageaient l’affiche au BBC ce soir : Half Moon Run, Goliath de la scène folk-pop internationale, notamment grâce au succès de leur premier album, Dark Eyes (2012), sur lequel figurent « Full Circle » et « Call Me in the Afternoon », et Aidan Knight, le David de la soirée, artiste folk-rock indé encore méconnu, même si sa dernière sortie en date, l’album Each Other (2016), commence à faire parler des deux côtés de l’Atlantique. Membre de l’écurie Full Time Hobby, entouré de pointures comme Timber Timbre, Jacco Gardner ou encore Dralms, Aidan Knight compose avec la même finesse que ses collègues précités. Malgré les difficultés que comporte le rôle de première partie d’un Goliath comme Half Moon Run, ce David a su viser juste et, à notre avis, prendre le dessus sur le géant, avec habileté et modestie.

aidan knight 1En trente minutes, Aidan Knight et ses trois musiciens (un batteur et deux claviéristes / trompettistes, combo assez rare pour qu’on le signale) ont réussi à nous faire pénétrer dans un univers où se mêlent, comme sur l’album Each Other, l’électrique et l’acoustique, pour servir une musique directe et simple, non dénuée par moments de belles amplitudes. Après des débuts dans un folk assez traditionnel (2008-2010), ce jeune chanteur-compositeur a étoffé et affiné son art. Le résultat, sur disque comme en live, est d’une beauté sombre, envoutante. En s’amusant des mystères des noms de villes françaises comme Caen et Cannes, imprononçables pour des anglophones, l’artiste a aussi montré qu’il avait le sens de l’humour. Le canadien a démarré son concert sur les chapeaux de roues avec « You Are Not Here », un morceau aux arrangements de trompette fort charmants, et aux notes de guitare solidement appuyées mais subtilement dosées. Le deuxième morceau, « The Arp », peut se targuer d’un joli tremolo de guitare, encore une fois tout en mesure et en justesse, et d’un final gonflé d’une belle énergie. Sur « Each Other » et sur « Funeral Singers » Aidan a continué à distiller son art fin, ses lignes de chant sobres et suaves, avant de conclure son set par « What Light (Never Goes Dim) », sur lequel guitare et piano dialoguent, pour ensuite laisser la place à un refrain dans lequel le chant plus appuyé donne comme une petite ritournelle. Aidan Knight n’a fait que confirmer en concert le ressenti très positif que nous avions sur disque, en donnant un aperçu de l’étendue de sa sensibilité avec cinq morceaux pénétrants. Le seul défaut du set aura été sa brièveté. Cet admirateur de Joe Strummer et de David Bowie, dont il possède un peu de la même minutie, pourra parler aux amateurs de Timber Timbre, d’Other Lives, ou encore de Patrick Watson, mais aussi peut-être à ceux de The National.

Half moon runQuant à Half Moon Run, le quatuor a déployé beaucoup de technique et de maîtrise, mais pour un résultat peu convaincant. M’étant déplacé pour Aidan Knight, je n’attendais certes pas grand-chose de Half Moon Run, sans toutefois imaginer m’ennuyer autant. En 1h15 de concert dont deux rappels, le groupe n’a fait qu’enchaîner les clichés de mauvais goût, tant en termes musicaux qu’en terme de spectacle visuel, avec des éclairages grossiers, et des attitudes très affectées, inaptes à véhiculer une quelconque émotion. Il faut dire que les morceaux de Sun Leads Me On, leur deuxième album, sont pour la majorité soit insipides et incohérents entre eux, soit surfaits et mièvres. Même leur honorable « Full Circle », joué en rappel, a souffert des excès de la posture scénique du chanteur lead, qui a de plus abusé de ses maniérismes de voix. Le morceau le plus intéressant du set était en fait une reprise de The Band, dernier morceau du set, qui n’a pas pu compenser un ensemble inintéressant et déroutant. Si Shakespeare avait fait de la critique musicale, il aurait sans doute écrit du concert de Half Moon Run : “much ado about nothing”…

Texte & Photos : Gildas Lemardelé