Le mauvais goût trois étoiles de Didier Super était au menu vendredi


Un an après être rentré dans les plumes des plus téméraires spectateurs du festival Mondeville sur Rire, Didier Super a une nouvelle fois cassé codes et baraque avec son nouveau spectacle. Dans l’absolu, ce one-man-show bouillant de pédagogie douteuse intitulé « Ta vie sera plus moche que la mienne » est destiné aux enfants. La preuve, il y avait bien une adorable petite tête blonde et bouclée au premier rang parmi les 350 personnes présentes dans la salle carrelée et peu habituée à de tels ouragans… Après avoir ordonné à la fillette de s’asseoir en lui hurlant littéralement dessus puis avoir gentiment pris des nouvelles d’un handicapé (« Oh ça roule pas mieux depuis l’année dernière toi! ») le chanteur-comédien, tout en enfilant un grotesque nez rouge, commençait d’autres hostilités… Alternant avec brio mais dans un chaos indescriptible des personnages grand-guignolesques, des airs potaches, et des situations extrêmes, le Nordiste aussi insolent qu’attachant a encore réussi le tour de farce de faire rimer « pires cauchemars » avec « pur panard ». Le public d’adultes consentants de tous âges et horizons a en effet vécu pendant plus de quatre vingt dix minutes un de ces vrais bons plaisirs coupables devenus trop rares dans notre société coincée du cul et aseptisée jusqu’à la moelle. Les juifs, les catholiques, les musulmans, le capitalisme, les « putes », la prison, le viol (collectif ou non), le sida, la famine, tous ces thèmes peu légers voire carrément tabous sont ici si bien maltraités qu’aucune ambiguïté n’est possible. Un bon sens démoniaque, des mots justes, une voix moins, de la folie, une autre poésie, on ressort d’une telle expérience sonné mais tout joisse et surtout beaucoup moins con.
TEXTE ET PHOTO : ANTOINE LETOUZEY