Le conte des cons

Je comprends que ça fasse envie.

 

C’est vrai, il y a un casting incroyable, ça a l’air baroque et flamboyant, pas trop neuneu en plus. Rassurez-vous, je me disais la même chose en mai dernier à la veille de découvrir Tale of Tales (mon premier film du Festival de Cannes) dans cette salle climatisée qui faisait du bien après les fortes chaleurs de la journée. Et contre toute attente, c’est le film qui m’a refroidi et bien comme il faut !

On va la faire courte, Tale of Tales est une cata. Grosse production internationale boursouflée et ampoulée, ce quatrième film de Matteo Garone cumule les tares. En premier lieu les acteurs qui sont tous mauvais comme des cochons (mention spéciale à un Vincent Cassel en totale roue libre). Et quand ils ne brassent pas du vent, ils lèvent haut le sourcil pour faire bien comprendre qu’ils ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils foutent dans cette galère (Jones, Hayek et C.Reilly en tête).

Pour la féérie et l’épique, on repassera aussi car le film a beau promettre des monstres et de la poésie fantastique via sa campagne de communication, il n’en est rien. Dès les premières minutes du film, l’installation prometteuse d’un duel entre un scaphandrier et un monstre marin est avortée par une mise en scène qui ne soutient rien, ellipse tout et se vautre dans le plus grand ridicule. Chaque promesse de plonger dans l’univers du conte échoue, systématiquement au point qu’à un moment, c’est le spectateur qui ne cherche plus à rentrer dedans. Et à vrai dire, le réalisateur ne fait pas beaucoup d’efforts en ce sens. La mise en scène profondément plate laisse tout cet univers pétri de nos fantasmes et de nos mythes au ras du sol. L’écriture, quant à elle, semble ne jamais prendre en comptre notre connaissance de la structure du conte (qui fait que l’on s’attend toujours aux rebondissements) et achève de nous embarquer dans une spirale d’ennui profond et de ridicule (la relation de Toby Jones avec une tique finit par faire couler le cerveau par l’oreille).

Par ailleurs, le film décricote tout sous-texte psychanalytique en l’explicitant grossièrement, vidant ainsi le conte de sa substance de la plus prétentieuse des manières. Mais le sens de tout cela, donné sur un plateau d’argent, est si bête et gratuit qu’on y verra une cohérence dans le fait que le film ne raconte rien.

La plus grosse question que soulève alors le film, c’est celle de son projet. Quelle est la note d’intention derrière Tale of Tales ? Car on a beau chercher, on a du mal à voir une quelconque tentative, une cohérence artistique voire une once de volonté d’entertainment dans ce gros pudding bordélique. Il y aurait bien l’idée d’un mélange des genres (la comédie boufonne, l’horreur, l’héroïc-fantasy,…), d’un détournement des codes du conte, de la rupture de ton constante mais c’est toujours si peu maitrisé et fait par dessus la jambe qu’on a l’impression d’une oeuvre de commande quand pourtant Garonne écrit et produit le bouzin.

Que ceux qui souhaitaient emmener les marmots se ravisent aussi, le film est généreux en gore et en sexe (au point de trouver irresponsable le fait qu’il soit tous publics) le destinant avant tout à un public adulte quand l’affiche vante une fresque féérique. Mais ne regrettez rien adultes car vous risquez juste de vous faire bien chier devant ce défilé absolu de gnangnan et de what the fuck (certains moments sont bien à l’ouest) où l’on décroche constamment tant les personnages sont tous plus cons les uns que les autres et l’incohérence finit par faire loi.

Tout serait donc à jeter ? Non, car dans cet océan de vacuité et d’inintérêt surnage une direction artistique plutôt luxueuse et soignée (même si les SFX sont sacrèment moches) et une poignée de plans (vraiment, ça se compte sur les doigts d’une main) où la laideur kitsch de l’ensemble s’efface pour offrir les visions baroques fantasmées. C’est bien peu cher payé pour s’être tapé pendant deux heures ce cas d’école qui donne tout son sens à la formule « à côté de la plaque ». Mieux vaut rattraper Into the woods, autre variation autour des contes transformés en comédie musicale kitsch elle aussi mais nettement plus consciente, amusante, intéressante et exécutée.

Ou sinon, comme il fait chaud, la plage c’est très bien aussi !

ADRIEN BELTOISE