La rentrée littéraire !

SEPTEMBRE, EN LIBRAIRIE !

La rentrée littéraire a été foisonnante comme chaque année. Pourtant un nombre restreint d’auteurs parviendra à toucher un large public. On s’étonnera donc toujours que plus de trois cent livres soient publiés. C’est un serpent de mer qui n’a pas fini d’onduler !

En ce début septembre, Christine Angot et Simon Liberati sont en tête de gondole des médias. Difficile de leur échapper : France Inter – Le Petit Journal – La Grande Librairie – On n’est pas couché etc…. L’un et l’autre se trouvent sur la pré-liste du Prix Goncourt ! Soit… Je reste sceptique sur ce prix et les choix de certains prescripteurs littéraires.
Cela étant dit, j’ai décidé d’opter pour deux romans qui ont certes eu des échos dans la presse mais dans une moindre mesure : « La Terre qui penche » de Carole Martinez et « La septième fonction du langage » de Laurent Binet.

J’ai pu découvrir également le nouveau Stefansson « D’ailleurs les poissons n’ont pas de pieds ». Mais je réserve ma chronique pour le numéro de novembre de l’Oiseau – spécial Festival Les Boréales.

Rentrée littéraire 2015 SeptembreLectrice inconditionnelle de Carole Martinez, j’étais impatiente de lire « La Terre qui penche » dont j’avais pu entendre quelques extraits lors du Salon du Livre à Caen, en mai dernier.
Ce roman est un long chant dont la mélodie nous transporte au Moyen-Age, période de notre histoire riche mais aussi cruelle et âpre notamment pour les femmes.
Carole Martinez fait dialoguer une petite fille, Blanche et sa vieille âme. Dès la page 18 nous découvrons que Blanche est morte à 12 ans : « A tes côtés, je m’émerveille. Blottie dans mon ombre, tu partages ma couche. Tu dors, ô mon enfance, Et pour l’éternité, dans la tombe, je veille. » Ces quelques vers sont extraits du début du roman et illustrent toute la rudesse, la tristesse de l’histoire à venir.

Blanche est une petite fille à l’imagination fertile, avide de connaissance et de lecture. Au Moyen-Age, seuls les hommes ont le droit au savoir, au pouvoir. Orpheline de mère, Blanche subit la tyrannie paternelle. Son père Martin décide de la marier à onze ans à Aymon, dit « L’Enfant », fils des maîtres du Château des Murmures. Après un voyage jusqu’au château tourmenté, le temps de l’apprentissage s’annonce pour Blanche : l’écriture et la lecture, l’origine de sa naissance, la sensualité, la violence. Elle découvre toute la richesse d’une vie, pour une courte durée hélas…

Carole Martinez use d’une langue belle et ondoyante. « La Terre qui penche » oscille entre le conte et l’ode poétique. L’œuvre cet auteur s’attache à dépeindre les possibilités offertes aux femmes pour échapper au masculin (par la voie spirituelle « Le Domaine des Murmures » précédent roman, ou l’imaginaire). Je ne peux que vous inviter à découvrir ce nouveau roman qui m’a touchée.

Rentrée littéraire 2015 Septembre2Tout autre sujet et style : « La septième fonction du langage » de Laurent Binet, auteur qui m’était inconnu jusqu’alors. Ce jeune auteur, agrégé de Lettres et universitaire, a reçu le Goncourt du premier roman en 2010 pour HHhH.
J’avoue avoir été intriguée par la 4ème de couverture : « le point de départ de ce roman est la mort de Roland Barthes…L’hypothèse est qu’il s’agit d’un assassinat ».
Roland Barthes (né à Cherbourg en 1915), intellectuel reconnu et médiatique, est effectivement décédé le 25 Février 1980, après un déjeuner avec François Mitterrand. La spécialité de Roland Barthes est la sémiologie (étude des signes, des significations). Il est l’auteur notamment de « Mythologies » et de « Fragments d’un discours amoureux ».
Laurent Binet a imaginé un thriller, avec une touche d’ésotérisme à la « Da Vinci Code » et un humour presque potache à partir de ce fait divers.
On retrouve dans ce livre l’intelligentsia des années 80 en France : Philippe Sollers, Julia Kristeva, Bernard Henri-Lévy, Umberto Eco…ainsi que la classe politique en pré-campagne présidentielle : François Mitterand, Valéry Giscard d’Estaing, Jack Lang… Tout ce petit monde est croqué avec un regard acéré et piquant mais qui reste, me semble-t-il bienveillant.
Un duo (un policier Bayard plutôt « conservateur» et un jeune universitaire Simon plutôt gauchiste) va vivre des aventures parfois grand-guignolesques (mais qui font aussi le sel de ce roman) pour découvrir le ou les meurtriers supposés de Roland Barthes, et surtout la raison pour laquelle il aurait été assassiné.
Tout en étant très intelligent (on y apprend ce qu’est la sémiologie), ce roman est très jubilatoire. On passe un excellent moment en sa compagnie.

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En novembre prochain, la littérature nordique sera à l’honneur à Caen
notamment du 13 au 28 Novembre.

Jo Nesbo recevra le 5ème Prix d’honneur Boréales/Région Basse Normandie du Polar Nordique. Je recommande chaudement « Le Léopard » que vous ne pourrez pas lâcher tant il est captivant.
Et ô joie, Sofie Oksanen sera présente à Caen sur le Festival. Géniale auteur finlandaise, elle est l’auteur de « Purge », un des romans les plus forts que j’ai pu lire ces dix dernières années !

De beaux moments littéraires en perspective !

TEXTE : Sandrine MOCQUET
Image : Andreas Hermsdorf / pixelio.de