Interview de Peter Peter à Rock in Evreux : angoisses et tourterelles.

Fort de la réception de son deuxième album, Une version améliorée de la tristesse, et du succès du troisième, Noir Eden, sorti début 2017, le Canadien Peter Peter sillonne les routes de France. Il nous parle de l’accueil de sa musique en France, et de choses plus personnelles.

 

C’était ta première fois à Rock in Evreux, d’autres premières fois bientôt ?

Oui première fois aux Francofolies de La Rochelle, à Rock en Seine, c’est déjà pas mal.

Tu viens de Montréal, tourner en France de manière générale c’est un peu une première fois aussi ?

Non parce que j’habite à Paris depuis 4 ans, mais c’est vrai il reste plein de villes en France que je n’ai pas faites.

Tu as joué à Matignon pour la Fête de la Musique, première fois aussi ? Et qui fait la programmation là-bas ?

Ni Edouard Philippe, ni Macron je pense. Bonne question ! Je ne sais pas pourquoi ils nous ont choisis, surtout pour la Fête de la Musique, je ne fais pas de la musique très festive, plutôt de la musique assez downer [en anglais « qui casse le moral »], assez dépressive ! Jouer dans un lieu comme ça c’est une belle première fois, un lieu institutionnel, surtout pour un Canadien, c’est étrange, je n’ai jamais fait ça au Canada pour le gouvernement. J’ai brièvement rencontré Edouard Philippe, je ne lui ai pas serré la pince mais on s’est regardés et il m’a reconnu [rires]. Ça s’est bien passé c’était cool. Les délégués qui nous accueillaient ne sont pas des gens habitués à travailler avec des artistes mais ça devait être aussi étrange pour eux que pour nous. Le plus étrange en fait c’est la haute sécurité, je ne suis pas habitué. Il y avait des snipers sur le toit quand on jouait !

Tu as la cote en ce moment dans les médias français, tu as fait une résidence à France Inter pour « Foule Sentimentale », ça représente quoi pour toi cette présence sur une radio francophone et une radio nationale qui plus est ?

Les gens de France Inter ont toujours été accueillants. Les premières radios qui m’ont joué au Canada étaient nationales aussi. Par contre les premières radios commerciales c’était en France. Sinon France Inter ont été les premiers à jouer Une version améliorée de la tristesse [ndlr – morceau tiré du premier album homonyme de Peter Peter]. Au départ je venais en France pour quelques mois et finalement je suis resté, je me sens bien parisien maintenant. C’est étrange quand je vais à Montréal je reconnais mes racines mais je ne me reconnais plus dans Montréal. Je pense que la ville arrive avant le pays. Je suis très honoré qu’on passe mes chansons à la radio en France, ça ne se force pas, tu ne peux pas supplier les gens de jouer tes chansons.

Est-ce que c’est important pour toi de figurer dans les grands médias ?

Ça fait plaisir à mon équipe, mon label, mon tourneur, mon manager… ça donne un côté prospère au projet, mais la télé je ne le vis pas très bien, même si c’est une bonne nouvelle de carrière. C’est une très belle reconnaissance, mais ça me fait chier les caméras. Le Quotidien sur Canal + par contre c’était vraiment bien.

Premier album Une version améliorée de la tristesse, deuxième album Noir Eden, décrit comme un disque « angoissé », ça va toi sinon ?

Parfois ça va oui. Aujourd’hui ça va. Je suis quelqu’un d’assez angoissé franchement.

Quelle est ta plus grosse angoisse ?

La communication. Par exemple la peur que mes équipes et mes proches au Québec pensent que je crache dans la soupe, que je renie mes origines. Mais sinon j’ai du mal à identifier mes angoisses, c’est ça qui est fou avec l’anxiété, c’est complètement irrationnel !

Et ta plus grande satisfaction avec Noir Eden ?

De pouvoir me promener tout l’été, faire beaucoup de festivals, je n’ai jamais eu un été aussi occupé ! Et je suis content de sortir un peu de ma tête, parce que Noir Eden c’est ça, ça parle d’être coincé dans ma tête.

Ton oiseau préféré ?

La tourterelle à collier rieuse. Quand j’étais jeune j’ai eu un oiseau qui s’appelait Coui-coui, il a vécu jusqu’à 23 ans ! Quand je repense à mon enfance il y avait toujours le bruit « crou-crou » [bruits d’oiseau imités à la perfection] et elle riait. Pour moi c’était normal de grandir avec ça, mais je me rends compte que pour d’autres ça pouvait paraître étrange.

 

Propos recueillis par Gildas Lemardelé
Crédits Photos : page Facebook de l’artiste et Pascal Lou