He’s a maniac, maniiiiac

Vous êtes nombreux à me dire : « Y’a des films que tu aimes ?!! », « Tu n’aimes rien ! » et patati et patata. C’est vrai que j’ai parfois la dent dure, je dois l’admettre. Donc croyez-le bien quand je vous dis que j’adore The Voices de Marjane Satrapi (Persepolis, Poulet aux prunes) et qu’il est pour moi, à l’heure actuelle, le meilleur film de l’année 2015 ! Près de deux mois que j’attends de vous parler de cette petite perle depuis que je l’ai découverte au Festival du film Fantastique de Gerardmer (où il a reçu un Prix du Public bien mérité). Aujourd’hui, je lâche tout !

Jerry (Ryan Reynolds) est un ouvrier franchement sympa. Son seul problème : Il est schizophrène. C’est peut-être un détail pour vous mais pour lui ça veut dire beaucoup. Genre que son chien et son chat lui parle tels un ange et un démon posés sur ses épaules et tâchant d’infléchir ses choix. Et quand l’amour s’en mêle, ça risque bien de faire des tâches sur le tapis…

The Voices est drôle.

C’est une vraie comédie noire à l’humour bien grinçant (tagline d’affiche). A ce titre, vous allez tomber amoureux de Mr Whiskers, le chat diabolique dont chaque saillie fait mouche. Une boule de poils entre Garfield et Satan contre lequel le sympathique et placide chien Bosco ne peut pas faire grand chose mais offre un vrai contrepoids. Deux éléments qui participent grandement au second degré salvateur d’un film assez glauque dans ses enjeux. Un humour qui a la bonne idée de ne pas se borner à des dialogues qui claquent mais qui s’infuse aussi dans les situations et les personnages pour créer une atmosphère décalée jouissive. Quant aux excellents comédiens, vous n’avez jamais vu Ryan Reynolds aussi bon (et doubleur de génie) tandis qu’Anna Kendrick (la blonde innocente) et Gemma Aterton (la brune volcanique) vous feront craquer.

The Voices est effrayant.

Et ça, on ne s’y attendait pas forcément. D’ordinaire, quand une comédie donne dans un tel sujet, elle s’arrange pour ne pas se mouiller. Là, on y va franco dans les accidents mortels et les emmerdes gores qui s’accumulent autour de notre pauvre héros. Un héros qui commet des choses atroces mais constamment attachant par un tour de force d’identification. A l’image du Maniac de William Lustig, le film travaille un vrai anti-héros avec le recul nécessaire sur les actes mais l’empathie certaine pour un personnage simplement malade. Ça a beau être sanglant et dégueulasse parfois, on ne peut s’empêcher de finalement plaindre Jerry. Et d’être terrifié par sa condition.

The Voices est bouleversant.

Et ça, on ne s’y attendait pas du tout. Car le début de The Voices, à la direction artistique très pop et au cadre BD très propre, construit le lieu de l’artifice. On en vient donc à penser que Satrapi va désamorcer, par sa mise en scène sucrée, son sujet très glauque. Ce qui est le cas la majorité du film. Sauf que l’intelligence du procédé employé est de nous révéler, le temps de séquences fondamentales, l’artificialité même de son concept. En transcendant narrativement sa démarche de réalisation, en nous faisant entrevoir l’envers du décor, Satrapi fait coup double et ajoute une puissance émotionnelle inédite à ce qui n’aurait pu être une comédie noire comme les autres. Au-delà d’être le portrait bienveillant d’un malade mental, The Voices devient un grand film sur la marginalité. Par l’excroissance (disons même la métaphore) schizophrénique, Satrapi y dépeint le mal être d’être différent dans une société uniformisée et excluante, l’aspiration névrotique à devenir normal pour finalement y exister, l’illusion entretenue pour y survivre.

Et au final, parle surtout d’un homme malade en quête d’amour.

The Voices, c’est proprement brillant et c’est mercredi 11 mars dans toutes les bonnes salles.

TEXTE : ADRIEN BELTOISE