Gravity Jam : du graff à Mondeville !

Nous avions bien remarqué un évènement l’année dernière, regroupant plusieurs graffeurs et se situant à Mondeville. Nous avions eu l’idée de vous en parler, mais pour diverses raisons, nous n’avions pas pu le faire. Cette année c’est bon ! Nous avons même rencontré le créateur du projet, Darkelixirone, pour qu’il nous parle du Gravity Jam, des conditions de sa création et de sa vision de l’art urbain en Normandie.Après avoir lu cet interview, vous serez irrésistiblement attirés vers Mondeville ce week-end !

  • Qu’est-ce que le Gravity Jam ?

Le Gravity Jam est une convention, une réunion d’artistes issus de la même culture : le graffiti “brut”. La 3ème édition a lieu les 10 et 11 juin 2017, rue Emile Zola.
Quinze artistes (Kalouf, Papy, Milouz, Vaper, Onicks, Red, Otam, Sinck, Spot, Bims, Stack, 6pack, Yearz, Darkelixirone, Songe) viennent de toute la France pour cette nouvelle édition.
Gravity pour gravité, gravitation “la gravitation, l’une des quatre forces fondamentales qui régissent l’Univers, est l’interaction physique responsable de l’attraction des corps massifs entre eux”.
A l’échelle artistique, le mouvement graffiti est puissant d’une part avec des  individualités fortes, mais en groupe elle est plus originelle, un peu comme les atomes, cela permet de développer, de créer des choses dynamiques, hors normes ! Tout cela pour créer une œuvre unique et diverse à la fois.

  • Qui est à l’origine de cet évènement et d’où vient l’idée ?

Cela fait des années que ce projet était enfoui dans mon crâne. Je suis originaire de Cherbourg et déjà à l’époque je rêvais d’en réaliser un. Cependant les conditions politiques de l’époque vis-à-vis du graffiti étaient bien plus répressives qu’aujourd’hui. Après avoir tenté là-bas, en vain, je suis parti pour mes études supérieures sur Paris.
Les années sont passées, pourtant dans un coin de ma tête j’avais toujours cette envie, cela m’a permis de pas mal voyager en France et surtout d’être invité à plusieurs jams donc de voir comment cela se faisait ailleurs. J’ai croisé, rencontré plein d’artistes, nombreux d’entre eux sont aujourd’hui devenus des amis, une famille en quelque sorte !
Ce n’est pas un concept né d’hier dans notre culture graffiti ! Cela fait même partie de cette discipline, de se réunir autour d’un seul et même mur le temps d’un week-end, de manger, partager ensemble et d’y construire une œuvre commune entre collègues. C’est inné, naturel chez les graffeurs.

Édition 2017

Je vis sur Caen depuis dix ans, j’ai fait la rencontre de Cyril BITTER qui travaille au service jeunesse de Mondeville, je lui ai fait part de mon envie d’importer ce genre de projet dans le Calvados et que cela me tenait très à cœur. A partir de ce moment-là, j’ai rencontré le service culturel, la maire de Mondeville, j’ai exposé l’idée avec ma manière de ressentir le graffiti et je pense qu’ils ont apprécié ma franchise face aux amalgames street art /graffiti. Cela n’a pas été simple, j’ai juste parlé avec mon cœur. Je ne me considère pas représentant ou porte-parole de cette mouvance, car je ne suis rien dans ce monde, juste un activiste passionné qui essaye de faire comprendre autour de soi les différences entre celles-ci, si infimes soient elles…
Cela fait trois années que la mairie de Mondeville nous fait confiance et nous laisse nous exprimer avec ce médium. Nous sommes partis sur une petite surface qui était déjà bien agréable et, chaque année, Mondeville nous accorde des mur de plus en plus gros, ainsi que le budget et la logistique.
Je veux les remercier pour le soutien et le développement.

  • Combien de graffeurs vont créer pour cette édition 2017 ? Comment sont-ils choisis ?

Cette année, nous sommes une quinzaine d’artistes. L’idée est de réunir des artistes qui se connaissent très bien et d’en rajouter chaque années (la première édition il me semble que nous étions 9-10, la seconde 13-14) afin de créer avant tout une œuvre humaine tout en ayant de la technique.
J’ai des contacts partout en France ainsi qu’à l’étranger. J’ai dans l’espoir un jour d’en inviter plus (cela dépendra des budgets). L’idée serait de devenir un évènement international et de pencher sur le muralisme (peinture grand format, prouesse technique avec un message, poétique le plus souvent, figuratif et rarement abstrait).

  • Où est-ce que ça se passe ?

Cette année, Mondeville nous a confié un beau vieux bâtiment, le genre de surface que l’on  affectionne, plus de 300m2 de mur, rue Emile Zola à côté de l’EHPAD.

Détail du mur de 2016. Artiste : Milouz.

  • Où sont les murs peints lors des deux éditions précédentes ?

Lors de la première édition, nous avons graffé rue Chapron. Lors de la deuxième édition, notre espace créatif était situé rue Albert Bayet, toujours à Mondeville.

  • Sur quels critères ont été choisis cet endroit et les précédents ?

Édition 2016

Je ne suis pas du Calvados, je reste encore un touriste malgré les années depuis lesquelles j’habite dans la commune de Caen. Mondeville j’y découvre encore des choses, avec l’aide de Maxime Couasnon qui fait partie du service jeunesse de la commune, passionné par cet art. Il est d’une grande aide lors de cet évènement.
Je tiens à le remercier pour sa patience et sa compréhension, il est le lien entre la mairie et moi, nous. C’est le coordinateur, il connaît bien cette ville. En général, c’est la mairie qui gère les lieux.

  • Est-ce qu’il y a des règles ou des contraintes précises à respecter ?

Les contraintes sont juste financières et logistiques, c’est le monde dans lequel nous vivons, tout dépend de budget, des autorisations. Dans le graffiti, nous n’avons pas cette frustration, nous le faisons car nous nous sentons libres.
Tous, nous avons de l’expérience, de nombreuses années d’activisme dans ce mouvement derrière nous, nous sommes tous des peintres. Nous savons qu’il ne faut pas peindre tout et n’importe quoi lors de ces évènements, je ne considère pas cela comme des contraintes mais plus comme du bon sens et du respect envers ceux qui nous accueillent et nous autorisent à faire ce genre d’évènements.

La première année, nous avions eu ce “soucis” de dissocier œuvre libre, création, commande et prestation. Les frontières sont elles aussi très minimes, donc il a fallu faire de l’information, de la pédagogie sur les demandes, les termes de chacun, les interprétations etc. Le dialogue nous a permis de bien se comprendre sur les attentes de part et d’autre. Nous nous sommes mis d’accord pour exprimer l’histoire de la ville de Mondeville, son lien fort avec la SMN. Nous avons apprécié le côté “usine”.

La seconde édition, nous avons eu plus de liberté car nous avions, je pense, franchi le stade de la confiance, de la réalisation, les retours étaient tops.
Les habitants de Mondeville sont géniaux : ils nous ont accueillis les bras ouverts ! Alors avec les copains graffeurs, nous nous sommes mis d’accord sur une thématique et je l’ai exposée en rendez-vous mairie. Le sujet a plu et ils nous ont laissé faire sur un plus gros mur. Pour la 3ème édition c’est une surprise ! Venez voir les 10 et 11 juin (rires) !

  • Est-ce qu’il y a eu une évolution dans ce projet depuis la première édition ?

Édition 2015

Bien sûr. Chaque année le jam évolue, j’en suis fier car c’est du travail, les conditions sont de plus en plus tops, plus de surface, plus de matériel, plus d’échelles : tout va dans le positif. C’est satisfaisant, les artistes repartent avec de bons beaux souvenirs, une belle production. L’événement prend de plus en plus d’ampleur, mais je garde en tête que les artistes que nous accueillons mériteraient des surfaces bien plus grandes et surtout des surfaces non éphémères. C’est-à-dire des murs qui rentreraient dans l’histoire de la ville et ainsi y développer un tourisme culturel de l’art contemporain urbain.
C’est mon but ultime, car en Normandie nous sommes en retard là-dessus.
Les gens comprennent de plus en plus notre démarche et cela grâce aussi à cette mairie qui a une faculté de compréhension de notre culture, ils sont à l’écoute…
D’ailleurs, à ma grande surprise, ils nous ont inclus à leur projet de festival de culture urbaine : “OUT” !
Ce qui est bien, je tiens tout de même à préserver le message de notre démarche : les mots ont des sens et une histoire et dans l’art encore plus. Nous essayons de garder l’essence même du graffiti dans ce monde où tout fonctionne par effet de mode, buzz, argent, rentabilité, etc. Ce serait dommage pour cette mairie de ne pas être originale et de tomber dans le déjà vu ! En tout cas, l’avenir nous le dira et il nous réserve de belles surprises je pense!

Propos recueillis par Morgane Podeur

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