ÉPOQUE, le Salon des Livres qui éclairent notre temps.

Qualité, densité et diversité sont les mots qui me viennent à l’esprit pour qualifier ce Salon des Livres qui s’est déroulé à Caen du 29 au 31 mai dernier. Week-end plutôt enthousiasmant pour les passionnés de littérature dont je fais partie.

Plusieurs lieux du cœur historique de CAEN ont été investis : Hôtel de Ville, Théâtre de Caen, École du Bon Pasteur, Place Saint Sauveur mais également l’Imec à l’Abbaye d’Ardenne.

À en juger par la fréquentation conséquente, cette nouvelle formule a semble-t-il réussi à trouver son public, même si la Place Saint Sauveur a connu une moindre fréquentation le dimanche en raison d’une météo peu favorable à la déambulation extérieure. Petit regret : dommage que notre institution locale Memoranda ainsi que l’éditeur Corlet n’aient pas trouvé place parmi leurs homologues.

Choisir parmi des propositions toutes plus attrayantes les unes que les autres fut peu aisé. Subjectivité assumée qui m’a promené dans la Ville au gré de mes emballements littéraires.

J’ai donc débuté ce Salon par une lecture musicale au Théâtre de Caen menée par Alice Zenitzer et son comparse comédien et bassiste, Nathan Gabily. Jeune écrivain de 29 ans originaire d’Alençon, Alice Zenitzer a déjà publié quatre romans dont un primé par la Ville de Caen : « Deux moins un égale zéro ». Cette lecture musicale a permis de découvrir des extraits de son nouveau récit « Juste avant l’oubli » dont la sortie est prévue fin août pour la rentrée littéraire. Cette lecture en binôme en a fait tout son attrait et son intensité. Véritable découverte pour moi, Alice Zenitzer a provoqué une envie irrésistible de découvrir ses précédents opus dans lesquels le couple et ses affres est la principale thématique. Talent précoce, elle s’inscrit à travers ses écrits totalement dans notre époque.

Puis, toujours au Théâtre de Caen, lecture de Véronique OVALDE, auteur connu par son succès « Ce que je sais de Vera Candida ». Les romans de Véronique OVALDE font la part belle à la féminité, au récit de vie tout en maniant l’art du conte, de la fantaisie. L’imaginaire, l’inventivité sont essentiels à Véronique OVALDE, qui savoure particulièrement « le plaisir du surgissement de l’idée ou de l’image » pour l’écriture d’un roman. J’en profite pour souligner le rôle d’intervieweuse bienveillante et pertinente de Minh Tran Huy, journaliste et auteur elle-même.

Véronique Ovaldé et Minh Tran Huy

Petit détour par la Place Saint Sauveur avant d’assister à un premier débat : « le roman noir : un éclairage sur notre réalité », en présence d’Aurélien Masson, éditeur de la Série Noire chez Gallimard et DOA, auteur de  « Pukthu », roman dont l’action se déroule en Afghanistan sur la période 2008/2009. Dans ce débat, il s’est agi d’expliciter entre autres les nuances entre roman noir et polar, mais aussi de découvrir cet auteur qui préserve son anonymat derrière des initiales qui signifierait « Dead on Arrival ». Malgré une attitude déroutante parce-que très « brut de décoffrage » si vous me passez l’expression, DOA a suscité la curiosité et donné l’envie de lire cette fresque de quasi 700 pages qui, d’après l’auteur, nécessite une grande concentration. Propos confirmé par un camarade fan de l’auteur, en cours de lecture du dit roman.

Enfin pour clore ce samedi, soirée à l’IMEC en compagnie de Catherine MILLET, auteur fameuse pour la « Vie sexuelle de Catherine M ». Achevant de découvrir son dernier récit « Une enfance de rêve », je dois reconnaître quelques réticences à assister à cette lecture. Si je ne me permettrais en aucun cas de juger son œuvre littéraire, j’avoue malheureusement ne pas avoir été convaincue, séduite par son récit et son écriture. Il en faut pour tous les goûts…

Dimanche, retour à l’Hôtel de Ville pour entendre Carole Martinez en lecture accompagnée de trois jeunes musiciens talentueux, qui ont composé spécialement pour ce moment des chants médiévaux. Carole Martinez a transporté ses auditeurs au Moyen-Age en conjuguant émotion et fougue. Tremblante d’appréhension de présenter son nouveau roman, Carole Martinez nous a offert un moment de pure grâce : « O temps ! suspends ton vol ». Gros coup cœur du week-end ! Ayant lu le « Domaine des Murmures », je ne peux qu’en recommander la lecture tout comme « Le cœur cousu ». Les possibilités offertes aux femmes pour échapper à la domination et à la violence masculine (par la voie spirituelle ou l’imaginaire) sont le fil rouge de l’œuvre de Carole Martinez. Son nouveau roman « La terre qui penche » fera partie de la rentrée littéraire d’août prochain.

Carole Martinez

Puis l’après-midi, débat autour de la thématique du triangle amoureux en présence de Belinda Canonne, Julia Deck et Vincent Almendros. L’inégale qualité des interventions des auteurs a quelque peu amoindri l’intérêt de ce débat. Cela étant, Belinda Canonne dont le roman « Nu Intérieur » a été publié récemment, a été tout à fait captivante. Son échange avec Julia Deck sur l’intérêt du roman analytique n’a pas manqué de piquant. Belinda Canonne s’est inspiré du roman « Adolphe » de Benjamin Constant, pour retranscrire les problématiques amoureuses au XXIème siècle prenant en considération l’émancipation des femmes et l’évolution de la notion d’adultère.

Enchainement avec un tout autre sujet, philosophique cette fois-ci : « Les nourritures terrestres ». Le débat devait se dérouler entre Corine Pelluchon et Gilles-Eric Séralini. Ce dernier était malheureusement absent. Cela étant, le propos de Corine Pelluchon s’est avéré tout à fait passionnant, puisqu’il s’agissait d’évoquer l’écologie politique en développant les notions de sobriété en matière de consommation, la place de l’animal avec une charge en règle de l’auteur contre la corrida, le végétarisme etc.…Celle-ci a publié ses réflexions dans un essai intitulé « Les nourritures, philosophie du corps politique ». Intéressant à découvrir car sujet totalement d’actualité et suscitant de nombreuses interrogations.

Je n’ai pas jusqu’alors évoqué Michel Onfray particulièrement présent sur ce Salon puisque son éditeur Flammarion en était l’invité d’honneur. J’ai délibéré choisi de ne pas assister à ses débats et autres cartes blanches. Je fais partie de ceux qui trouvent ses réflexions plutôt passionnantes, piquantes voire parfois polémiques. Cela étant dit, suscitant un engouement générant certains débordements quelque peu dénués de sagesse, je préfère retenir l’option lecture même si ses talents oratoires sont indéniables. Son dernier essai en date s’intitule « Cosmos, vers une sagesse sans morale ».

Le Salon « Epoque » joue les prolongations à l’IMEC- Abbaye d’Ardenne avec l’exposition « De Zola à Houellebecq – Flammarion 1875 à 2015 ». Pas encore eu le temps d’aller la découvrir mais ce sera bientôt chose faite !

En conclusion, je dirai que ce Salon a été l’occasion de belles découvertes et réflexions. J’espère que l’édition 2016 sera toute aussi enrichissante !

TEXTE & PHOTOS : Sandrine MOCQUET