[BORÉALES] Un géant du polar islandais à Caen : Arnaldur Indridason

Presqu’en catimini tout de noir vêtu, Arnaldur Indridason est entré dans l’auditorium du Musée des beaux-arts de Caen en ce samedi 19 novembre. Journée qui s’annonçait tempétueuse mais encore nimbée de soleil à l’arrivée du roi du polar islandais. Apprécierait-il ce titre un poil pompeux ? Probablement pas, tant il transpire l’humilité et la simplicité.

Un public composé de véritables aficionados l’attendait, impatient de découvrir l’homme et les mystères de la création de ses romans plus captivants les uns que les autres.

L’auteur était accompagné d’Eric Boury, son talentueux traducteur qui, petite fierté locale, est Caennais.

Arnaldur Indridason, « élevé au son de la machine à écrire » de son père, lui-même écrivain très célèbre en Islande, s’est livré pendant une heure sur ses sources d’inspiration, sur ce personnage emblématique qu’est l’enquêteur Erlendur, sur son âpre et sublime pays.

Pourquoi a-t-il choisi le polar pour s’exprimer ? Peut-être parce que le genre n’existait pas ? Pour dépeindre d’une certaine façon les réalités sociales de son pays ?

Il a ainsi expliqué à l’auditoire qu’avant les années 2000, le polar était absent des rayons des librairies notamment parce que les auteurs du cru considéraient que ce genre n’était pas de la littérature, voire « de la merde » dixit Arnaldur himself avec un trait d’humour.

Aujourd’hui, ce type de littérature est reconnu. Mais le lecteur Islandais est exigeant et présente quelques particularités notamment de ne croire jamais en rien, semble-t-il… Arnaldur Indridason, dans le respect de ces spécificités locales, s’attache dans ses polars à ce que l’histoire soit réaliste et crédible.

L’auteur Islandais est par ailleurs fasciné par le passé et ses retentissements dans la vie présente. La période de la guerre froide a fortement inspiré Arnaldur. L’Islande située au milieu de l’Atlantique entre URSS et USA a été confrontée à des tiraillements entre la défense du monde occidental et une certaine neutralité.
Par ailleurs, du fait de la présence des militaires américains sur l’île, les autochtones redoutaient une « corruption de leur culture ». Il est intéressant de souligner que la présence américaine, si elle n’était pas acceptée par tous, a favorisé l’émancipation des femmes qui ont pu conquérir leur indépendance économique, en montant, par exemple des blanchisseries chargées du linge des camps militaires.

Le lagon noir, dernier roman paru aux éditions Métailé s’appuie de nouveau sur le contexte de la guerre froide. On retrouve dans ce nouvel opus dont l’intrigue se déroule en 1979 à Reykjavik, notre enquêteur préféré Erlendur, « un ermite solitaire », qui vient de divorcer et qui a perdu le contact avec sa famille. Une victime est retrouvée dans le Blue Lagoon. Il semble que ce soit un ingénieur de la base américaine de Keflavik, tombé de haut…. ? Un mystère qu’Erlendur et son acolyte Marion Briem vont devoir lever.

Avec un style rythmé, sans fioritures, Arnaldur « sans s’attarder sur les choses » raconte une nouvelle histoire qui emmènera ses lecteurs jusqu’au bout de la nuit.

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Bonne nouvelle pour les fans ! Le premier volet d’une trilogie est attendu en février 2017 : Dans l’ombre. La trilogie couvrira la période 1940-1944. Elle aura pour protagonistes deux policiers : un Islandais et un « Islandais de l’ouest », expression désignant les Islandais partis s’installer au Canada.

Point d’Erlendur dans ces polars à venir. À une question posée par le public quant au retour ou pas de cet enquêteur attachant dans un prochain roman, Arnaldur Indridason a répondu sobrement : « Je ne sais pas… il est là où il est ».

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Arnaldur Indridason est un auteur star qui ne se la raconte pas ! On le sentirait presque gêné de recevoir autant d’affection d’un public fervent et particulièrement attentif à ses propos. Et pourtant son talent de conteur d’histoires à suspens n’est pas donné à tous. Avec qui plus est une grande humanité.

Un seul conseil : plongez-vous dans ses nombreux polars : La femme en vert, La cité des jarres, Opération Napoléon, Le duel, etc.

Texte & photos : Sandrine MOCQUET