« AVE » d’Ethan et Joël COEN

« Entre l’hommage à une période de créativité débordante et la critique sous une forme facétieuse d’une industrie cinématographique déjà sous la coupe des financiers. »

Les frères Coen ont l’habitude de nous faire voyager dans le temps. Cette fois-ci, ils nous embarquent dans les années 50 pendant l’âge d’or du cinéma hollywoodien. On suit les péripéties d’Eddie Mannix gérant des studios Capitol Films, confronté entre autres évènements, à l’enlèvement de l’acteur vedette Baird Whitlock sans lequel son peplum « Ave » en phase d’achèvement, s’écroulerait.

Le film alterne entre les difficultés rencontrées par Mannix, avec une Scarlett Johansson transformée en sirène (évoquant Esther Williams et ses numéros aquatiques) et malencontreusement enceinte d’un réalisateur marié (interprété par Christophe Lambert) ; un acteur de western plus habile au lasso que dans un film où ses répliques font plus deux mots ce qui rend fou le réalisateur, et deux journalistes jumelles chassant le scoop, interprétées par la seule Tilda Swinton.

C’est une comédie enlevée, à l’humour clin d’œil, avec une bande originale choisie avec soin. Les frères Coen ont l’art du contre-emploi dans le choix de leurs acteurs. George Clooney joue un « idiot », dixit les deux frères, Channing Tatum habitué des rôles musclés est ici un marin jouant des claquettes de façon plus ou moins virile.

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Le film oscille entre l’hommage à une période de créativité débordante et la critique sous une forme facétieuse d’une industrie cinématographique déjà sous la coupe des financiers. Ethan et Joël Coen abordent la religion avec toute la cocasserie qui est leur marque de fabrique, notamment dans une scène où rabbin, pasteur, pope, et prêtre sont réunis pour donner leur aval au film « Ave ». La politique est également présente avec l’évocation de l’influence grandissante du communisme dans le milieu du cinéma, et de la future chasse aux sorcières qui sera mené par MacCarthy.

Les avis sur ce film semblent divisés. Pour certains critiques, ce film est mineur dans la filmographie du duo, pour d’autres, c’est un vrai ratage.

Si le film manque peut-être d’une ligne conductrice dans le scénario donnant le sentiment d’un manque de fluidité et de cohérence, il y a un vrai plaisir sensoriel à le visionner. La truculence réjouissante des dialogues et le jeu particulièrement expressif des acteurs, la couleur saturée des images évoquant le Technicolor en vogue dans les années 50, la musique partie prenante de l’œuvre contribuent à l’attrait de ce film.

Par ailleurs, ce passé revisité de façon humoristique par les réalisateurs nous plonge dans une nostalgie agréable, tout en nous questionnant sur les évolutions anxiogènes d’un monde capitaliste et religieux.

Sandrine MOCQUET